Le 14 février 1989, l’ayatollah Khomeyni, le plus haut dignitaire des chiites, lance sa fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie. L’ordre de tuer étant accompagné d’une récompense, c’est plus sûr : « Au nom de Dieu tout-puissant. […] Je veux informer tous les musulmans que l'auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l'islam, au Prophète et au Coran, ainsi que ceux qui l'ont publié et connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J'appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu'ils se trouvent… ».
Trente-trois ans plus tard, après 37 morts dans l'incendie d'un hôtel, la mort d'éditeurs, de traducteurs et de nombreuses tentatives d’assassinat, l’écrivain est plus près de la mort que de la vie. Dans cet édit, Khomeyni parle au nom de Dieu, simple mortel il connaît la volonté de Dieu, en fait il se prend pour Dieu, car l’Ange Gabriel ou tout autre représentant du service postal divin n’est pas descendu du ciel pour lui apporter un message authentique. Prétendre connaître la volonté de Dieu ne serait-ce pas blasphématoire ? Ne serait-ce pas une usurpation d’identité particulièrement gonflée ?
Cette fatwa précise bien que ceux (je n’ajoute pas « et celles », ce qui serait déplacé dans cette religion) qui connaissent le contenu du livre sont également condamnés à mort au nom de ce Dieu miséricordieux. Grâce à Khomeyni, le livre « Les versets sataniques » a eu un succès mondial (et depuis la dernière tentative d'assassinat de son auteur "les ventes s'envolent"), ce qui implique que son contenu est connu par des milliers de personnes et leur exécution doit poser un problème logistique. Je m’empresse d’ajouter que je ne connais pas son contenu et j’aimerais qu’on le fasse savoir.
Comme la fatwa interdit bien sûr aux musulmans de connaître le contenu du livre, on peut supposer que les foules écumantes de rage dans les rues des pays musulmans que l’on a vues protester contre ce contenu ne le connaissent absolument pas. Comme dans tout totalitarisme, le musulman zélé, qui entre dans la religion islamique à sa naissance et n’en sort que les pieds devant, épouse totalement la pensée du chef sans le moindre doute et va jusqu’à tuer pour une pensée qui n’est pas la sienne. Mais le fanatique ne se pose pas de questions : il ne pense pas.