Il y a des jours où l’on n’a rien à dire. Cette déclaration préliminaire devrait susciter chez mes éventuels lecteurs deux questions :
La première : si l’on n’a rien à dire, pourquoi parler ? Question à laquelle je réponds : pour donner une preuve de vie.
La seconde exprime de l’étonnement : comment peut-on n’avoir rien à dire alors que nous sortons du grand débat ?
Justement, le grand débat (j’hésite à mettre ou non des majuscules), ce n’était qu’une thérapie de groupe au niveau national, et comme dans toute thérapie de groupe, l’essentiel n’est pas ce que l’on dit, l’essentiel est de parler, de s’exprimer devant les autres. Une parole qui libère, même si l'on n’a rien à dire.
Certes, des choses ont été dites, mais ces choses étaient déjà de notoriété publique, chacun les connaissait, et notamment ceux qui nous dirigent même s’ils feignaient par commodité de les ignorer.
Si l’on en croit Saint-Exupéry, « aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction », on peut se demander en voyant les Français regarder dans toutes les directions s’ils aiment être ensemble.
Tout de même, il y a quelques points sur lesquels ils semblent d’accord : moins d’impôts et plus de services publics et de solidarité, plus d’autorité de la part de l’Etat et plus de démocratie participative (vue du citoyen) ou délibérative (vue de l’Etat), moins d’élus mais plus de disponibilité et d’écoute de leur part, des élus moins payés mais insensibles à la corruption.
Le consensus parfait se retrouvant dans le mécontentement. Celui des pauvres qui veulent l’être moins, celui des classes moyennes qui ne veulent pas s’appauvrir, celui des riches qui veulent le rester.