« Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images. ». J’aime beaucoup cette citation de Jean Cocteau et plus on vieillit plus elle prend de sens. Mais il se trouve aussi que le vœu du poète est aujourd’hui exaucé. Grâce à l’intelligence artificielle, non seulement les miroirs réfléchissent, mais ils vous donnent même des conseils. Les vendeurs de cosmétiques proposent des applications qui, à partir de selfies, font un diagnostic cutané et proposent bien sûr des solutions. Des miroirs magiques que les marchands de beauté appellent « cosmétique algorithmique » ou « beauty tech » permettant de choisir maquillage, coiffure, couleur de cheveux ou même parfum après un « diagnostic olfactif ». Certes, ces miroirs pourraient flatter l’utilisatrice (en l’absence de tout sexisme, le féminin s’impose ici) mais se montrer désagréables en révélant, par des applications spécifiques, des marqueurs du vieillissement ou une tendance acnéique. Je me demande s’il était souhaitable de réaliser le souhait de Cocteau car c’est un peu la fin des illusions. Ceci me rappelle une personne de ma famille qui après une opération de la cataracte s’était écriée en se regardant dans un miroir : « Mon Dieu, je ne savais pas que j’avais autant de rides ». On s’extasie devant l’intelligence artificielle, on devrait en être effrayé, c’est une véritable intrusion dans l’être humain chassant son naturel et qui conduira peu à peu à l’atrophie de sa propre intelligence comme pour les organes dont on se sert de moins en moins. C’est déjà fait pour la mémoire que l’on n’exerce plus puisque tout est stocké dans le ventre des ordinateurs. Illustration : Félix Vallotton.