Chacun connait et est plus ou moins victime du symbolisme des chiffres. Il suffit d’entrer dans un magasin quelconque pour en avoir la preuve, le prix est rarement indiqué en chiffre rond, le 9 est largement utilisé comme décimale et le plus souvent doublé comme 29,99 par exemple, le cerveau retient le 29 et néglige les décimales si bien que le prix parait nettement moins élevé que 30.
Le nombre de 2 millions 999999 chômeurs (dont on n’a pas parlé) a moins d’impact que 3 millions de chômeurs, nombre dénommé à juste titre : barre symbolique et qui soulève immédiatement des vagues de commentaires critiques et pessimistes, alors qu’un chômeur de moins permettait un certain apaisement. Quand on sait de quelle façon est évalué le nombre de chômeurs, on peut se poser quelques questions.
Depuis des années on nous assène sur la tête une autre barre symbolique : les fameux 3% du PIB pour le déficit à ne
pas franchir et autour desquels les politiques et les économistes se battent avec acharnement. Plutôt qu’une barre, il s’agit en fait d’une règle
d’or, mais des coups de règle sur les doigts, aussi dorée soit-elle, sont également douloureux. Or, un certain haut fonctionnaire du budget dénommé Guy Abeille a fait son miel de ces 3% en
révélant dès 2010 (ce que rappelle le Canard Enchaîné du 3/10/12) de quelle façon ce pourcentage fatidique a été déterminé. C’est en 1981, sur la demande de Mitterrand, que ce plafond, qui
faisait sérieux, a été proposé par les grosses têtes des Finances pour que le président puisse l’opposer à ses ministres lorsqu’ils venaient lui réclamer de l’argent. D’après Mr Abeille, le
chiffre de 3% aurait été imaginé« sur un coin de table […] en une heure […] et 3%, c’est un bon chiffre, cela fait penser à la Trinité ». C’est pas symbolique ça ? Et si l’on ne respecte pas cette Trinité, le ciel risque de
nous tomber sur la tête.