Si Freud castra la femme, qu’il vit comme dépouillée de pénis, les théoriciennes du genre tentent ces dernières décennies de castrer l’homme chez qui le pénis ne serait qu’un « présupposé biologique » dont il serait bon de faire abstraction si l’on veut faire cesser la domination masculine, et donner à chacun le choix de son genre. Genre masculin ou féminin qui serait imposé par la société patriarcale dès la prime enfance. La « bicatégorisation » du sexe ne serait dans cette perspective que politique et non pas naturelle, poussant allègrement aux oubliettes les différences physiologiques et la procréation - pour l’instant - uniquement féminine.
Dans les sociétés dont la structure n’est pas uniquement religieuse, les femmes ont progressivement acquis des droits (souvent de haute lutte) qui ont beaucoup réduit la domination masculine, à tel point que des hommes peuvent être amenés à envier la position sociale et la façon d’être de la femme.
C’est en particulier le cas au Japon où des hommes éprouvent du soulagement et du plaisir à se travestir pour un temps en femmes. Cette démarche n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle : ce sont des hétérosexuels assumés, souvent mariés et pères de famille et parfois nantis de hautes responsabilités.[1]
Leurs motivations sont variées et évidemment individuelles. La société nipponne est plutôt dure pour les hommes (surtout dans le contexte économiques actuel). Ils se doivent de faire carrière et n’ont que ce seul choix, contrairement aux femmes qui peuvent éventuellement opter pour l’absence d’activité professionnelle. La diversité des vêtements féminins s’oppose à l’uniformité des vêtements masculins (l’un d’eux aurait dit : « Je hais les costards ! Je les hais plus que tout ! »[2]). Le fait d’être apprécié pour son apparence, parfois saluée par les remarques admiratives de la part des hommes abusés par elle, constitue pour les travestis transitoires un motif de satisfaction. Ils explorent ainsi une autre facette de leur personnalité et échappent les jours de repos au poids de la société masculine nipponne, société qui, pour certains, gâterait trop les femmes. « Les jeunes d’aujourd’hui commencent à trouver que les hommes sont plus à plaindre que les femmes, c’est pourquoi ils veulent sortir du rôle de l’homme malheureux et devenir une femme choyée.”
[1] Dans une soirée organisée une fois par mois à Tokyo pour les réunir, leur nombre peut dépasser 400. Ils ont appelés : “otoko no ko” [jeunes filles-garçons],
[2] Article de Atsuko Suzuki paru dans le Mainichi Shimbun et rapporté par le Courrier international.