Le 11 janvier 2014, dans l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier qui passe sur France 2, Nicolas Bedos s’est livré à un sketch plutôt drôle, bien que parfois à la limite du mauvais goût, dont la cible était Dieudonné M’ba M’ba. Il mettait en particulier en scène un monsieur fort poli et parlant raisonnablement, opposé à un soutien de Dieudonné dont le langage fleuri et l’accent magrébin avaient toutes les chances de venir d’une cité de banlieue. La drôlerie venait de la caricature aussi bien de l’un comme de l’autre des protagonistes.
Parlant de ce sketch avec mon petit-fils, celui-ci me répliqua que cette prestation l’avait gêné car en voulant s’attaquer à un raciste, Nicolas Bedos s’était lui-même comporté en raciste. Je me suis alors demandé dans quelle mesure il pouvait avoir raison.
Le concept de racisme, dont le contenu initial était l’inégalité des groupes humains et l’affirmation que certains étaient supérieurs à d’autres, a été largement étendu et l'antiracisme va jusqu’à nier les différences. Caricaturer les traits distinctifs d’un groupe peut ainsi être interprété comme du racisme.
Dans cette perspective les humoristes ont du souci à se faire car l’imitation ironique d’une catégorie de la population est souvent à la base de leur humour. Va-t-on leur reprocher de caricaturer un Belge, un Italien, un Allemand, un juif sépharade ? Va-t-on interdire à Popeck de caricaturer un juif ashkénaze ? Va-t-on traiter d’homophobe un acteur qui joue « une grande folle » ?
Il y a une différence de nature entre un Dieudonné qui regrette que les juifs n’aient pas été tous massacrés, et Nicolas Bedos qui caricature un jeune magrébin de banlieue censé le soutenir. La seule chose que l’on peut reprocher à Nicolas Bedos est d’avoir fait passer le soutien de Dieudonné comme un tantinet idiot et largement inculte. La question est de savoir si c’est faux.
Je viens de lire sur le Monde.fr ceci : " La pression des consommateurs a fait céder Haribo. Le fabricant de bonbons a annoncé, vendredi 17 janvier, qu'il arrêtait la vente en Suède et au Danemark de bonbons à la réglisse que certains clients de la marque trouvaient racistes". Car ces bonbons étaient... noirs et en forme de masques. Je pense que l'on ne peut pas trouver mieux pour illustrer les dérives du concept de racisme et comme exemple d'humour noir.