Ce matin, Raffarin, interrogé sur France Inter, a déclaré que ce qui le séparait notamment de Wauquiez, qui vient d'être élu à la tête des Républicains, est la tendance identitaire de ce dernier. Dans une tendance identitaire on peut mettre beaucoup de choses, mais il apparait que le terme "identité" devient de plus en plus un gros mot clivant.
Or comme je l'avais déjà rapporté en 2015 l'identité semble avoir un substratum neurologique. Des études ont montré qu'il existerait une zone particulière du cortex préfrontal* impliquée dans l'identification des menaces et l'élaboration des réponses à y apporter. Devant une menace comme l'évocation de la mort, l'isolement ou le sentiment de ne pas comprendre la situation, cette région du cerveau s'activerait et serait associée à une réaction de repli identitaire sur son groupe social, ethnique ou religieux ou bien à un désir de punir ceux qui violent la norme.
Que devant une menace, et chaque jour le montre, les individus cherchent refuge dans le groupe dont ils font partie, qu'il soit social ou ethnique et/ou se raccroche à une idéologie notamment religieuse est une évidence. Qu'ils cherchent à défendre cette identité est compréhensible, même si cette défense peut devenir meurtrière, mais qu'un groupe de neurones situé dans le lobe préfrontal soit spécialisé dans cette conservation de l'identité en tant que défense lors des conflits est tout de même étonnant.
D'où l'idée qu'ont eu des chercheurs de l'université de Los Angeles et de l'université d'York (Royaume-Uni), de désactiver temporairement cette zone à travers le crâne par des impulsions magnétiques pour voir si, en présence d'un contexte angoissant ou de ce que les sujets testés considèrent comme une menace étrangère, ceux qui étaient "neutralisés" auraient moins tendance aux replis religieux et identitaires et à moins d'hostilité envers la menace supposée.
Effectivement, en neutralisant la « zone identitaire » et de gestion des menaces, ces chercheurs ont obtenu des résultats allant dans ce sens, mais le faible nombre de sujets testés (une quarantaine) et une méthodologie critiquable invitent à la prudence.
Quelles que soient les critiques que l'on peut formuler à l'égard de cette étude, elle est tout de même troublante. Cette zone préfrontale est-elle le fruit de l'évolution, faisant partie des structures et des comportements liés à « l'instinct de conservation » ? ou s'est-elle spécialisée secondairement à nos comportements ? Et peut-on considérer la religion comme une défense ? Peut-être l'est-elle face à la mort (ce qui n'empêche pas les croyants d'avoir peur de la mort), mais l'histoire démontre que la religion est identitaire au point de se comporter davantage comme une idéologie agressive que comme une idéologie protectrice.
Personne ne conteste que les gens puissent affirmer leur identité lorsqu'il s'agit d'un groupe social, ethnique ou religieux, là où les choses se gâtent c'est lorsqu'on se réfère au niveau national et c'est là que l'identité devient un gros mot.
Dans le cours de l'histoire le concept de nation a mis longtemps à s'imposer après l'appartenance à une cité, à une région, à un roi. Va-t-on assister à la dislocation des nations ? Petits ensembles ou Grands ensembles ? Ou les premiers dans les seconds ? Et pour compliquer les choses ajoutons-y les clivages religieux qui, eux, sont intra et transnationaux.
* Lobe cérébral situé derrière le front, d'où mon titre qui ne fait aucunement référence au Front National.