Si je comprenais Cassius Clay devenu Mohammed Ali en adhérant à la secte radicale Nation of Islam, et si je saluais son courage notamment en refusant d’aller combattre au Vietnam par conviction, sacrifiant ainsi sa carrière pendant plusieurs années, je ne l’ai jamais aimé.
Trop de haine, trop de hargne, trop de mégalomanie pour un homme dont le seul talent était de se battre, de donner des coups en insultant ses adversaires et d’encaisser les leurs jusqu’à la déchéance de son corps.
Il vient de disparaître, devenu très tôt rigide et tremblant, lui qui était si mobile, si précis et si arrogant sur un ring. Farce cruelle du destin.
Je sais, je suis de parti pris. Je trouve que la boxe n’a rien de noble. Je trouve que c’est un sport de brutes où deux coqs de combat, sélectionnés sur leur poids, s’affrontent en se frappant au-dessus de la ceinture, encouragés par les spectateurs friands de violence, pour enrichir leur entourage plus qu’eux-mêmes, et finir le combat saoulé de coups, le visage tuméfié, le protège-dents souriant, le bras levé du gladiateur soulevé par l’arbitre cravaté d’un nœud papillon ou emporté parfois sur une civière, les bras ballants, au milieu des spectateurs satisfaits d’en avoir eu pour leur argent.
Ils quitteront le ring quand ils auront pris trop de coups, et presque toujours dans la défaite, ils iront soigner leurs séquelles post-traumatiques dans l’oubli et parfois dans la pauvreté.