« Le secret d’ennuyer est celui de tout dire » (Voltaire).
Pour paraphraser Voltaire, je dirais aussi que le secret d’ennuyer est celui de ne rien dire.
J’ai suivi une formation plutôt scientifique. Dans le domaine scientifique les livres et les articles sont denses, rien n’est superflu (sauf parfois l’introduction). Chaque paragraphe apporte en général quelque chose par rapport au précédent.
Les écrits journalistiques, en dehors peut-être des éditoriaux, ont souvent tendance à être délayés, mais le format ne se prête heureusement pas à des longueurs excessives. Cependant, il m’arrive de les abandonner en cours de lecture lorsqu’ils abusent de la répétition.
Les essais sont bien pires pour la plupart. Ils ne contiennent souvent que quelques idées originales (et parfois une seule) dont la démonstration pourrait être rapidement faite en quelques feuillets, mais qui vont se répéter à longueur de pages pour atteindre triomphalement la 300ème après avoir épuisé le lecteur, surtout si le style est mauvais (je me souviens en particulier d’un essai d’Alain Minc où une seule idée lui avait permis de faire un livre entier, ce qui dénote en soi un certain talent pour le délayage qu’il faut saluer).
La littérature n’est pas dans la démonstration mais dans le récit et son expression, et la poésie n’est que dans l’expression, aussi le délayage lui-même peut être séduisant par sa forme. Mais si le délayage est insipide (surtout dans les descriptions dont Jules Verne avait le secret), le livre vous tombe des mains.
Pour la musique classique, le paradoxe est que son essence même est le délayage, car le génie du compositeur s’exprime dans l’art des variations sur un thème. Si j’aime écouter les richesses qu’un compositeur peut extraire d’une simple phrase musicale en la métamorphosant, je me lasse assez vite d’un écrit répété sous une forme différente mais sans se métamorphoser.
Je pense avoir été court et sans délayer, mais je ne suis pas sûr d’avoir dit quelque chose.