Ce tableau peint par Le Caravage représente Jésus de Nazareth trois jours après sa mort sur la croix, la crucifixion étant un supplice très prisé des Romains. Les deux pèlerins attablés avec lui l’avaient rencontré sur le chemin d’Emmaüs, et bien que disciples du Christ, le sachant mort, ils ne l’avaient pas reconnu, un passage sur la croix devant laisser quelques stigmates. Ils furent intrigués par la bénédiction du pain à laquelle s’est livré ce compagnon de rencontre. Et moi je suis intrigué par l’attitude des deux pèlerins qui expriment manifestement une grande surprise en écartant les bras et en regardant, quasi hypnotisés, non pas celui qui bénit, et qu’ils affirmeront avoir reconnu plus tard, mais le pain qui n’a rien de remarquable en lui-même.
La religion chrétienne repose essentiellement sur la résurrection de Jésus de Nazareth, une prouesse qui le place hors du temps et de l’espace, sinon il n’aurait été qu’un prophète juif de plus, porteur d’un message qui devrait se suffire en lui-même en raison de son originalité pour l’époque, mais sans lui attribuer un caractère divin. L’importance de la résurrection de Jésus dans la religion chrétienne (qui préfigure la résurrection généralisée) explique les flots d’encre qui lui ont été consacrés. A ma connaissance le récit du seul témoin direct du retour à la vie de Jésus pendant les 40 jours qui ont précédé sa montée au ciel est celui de Saul de Tarse, devenu Saint Paul après avoir trahi le judaïsme dont il était un fervent croyant, et qui affirma (sans témoin) avoir rencontré le Christ alors qu’il ne l’avait jamais vu vivant, en rapportant également que des centaines de personnes l’auraient également vu après sa mort, on ignore s’il s’agit d’une réalité ou d’une propagande.
Tous les autres récits sont indirects et les évangélistes ont rapporté des faits dont ils n'ont pas été témoins et survenus plusieurs décennies auparavant. On sait la fragilité des témoignages de nos jours et les croyances et superstitions devaient être encore plus répandues qu’à notre époque, les unes comme les autres devenant crédibles quand il s'agit de renforcer ses propres convictions.
Quant au tombeau vide de Jésus, dans l'hypothèse où il aurait été réellement constaté, on ne compte plus les théories pour en expliquer la vacuité. Mais le plus simple pour les chrétiens est de croire qu’il a pu s’en extraire malgré sa mort et ses blessures parce qu’il était Dieu et qu’il l’est toujours. Ainsi soit-il.
Voir également MECREANCES XIV