Les politiques parlent beaucoup, c’est leur fonction qui l’exige. Habituellement, ils parlent plus qu’ils n’agissent car l’action reste le plus souvent au stade de la parole, mais parfois on regrette que leur action ne soit pas restée à ce stade embryonnaire, car primum non nocere.
Emmanuel Macron est une savonnette parlante : il est difficile à saisir tant il y a de mousse générale, et sa tendance est souvent de glisser et de déraper. Le président français a une fâcheuse tendance à faire des constats que tout à chacun peut faire, et l’exactitude des constats ne fait que mettre en évidence son impuissance puisqu’il est au pouvoir depuis 6 ans.
Un bon discours, c’est dire où on va et comment on y parviendra concrètement. Les discours à Macron sont trop longs, peut-être le sont-ils volontairement, il faut un certain temps pour noyer le poisson. Parler trop est acceptable, bien que fatigant, surtout pour les autres, mais parler de travers est plus ennuyeux. Que n’a-t-il pas dit de bêtises dans l’hexagone au point de se faire haïr. Mais la savonnette glisse à l’extérieur, et Emmanuel ne sait pas se taire, un peu dopé par sa propre parole dont il fait des bulles avec un plaisir évident.
On ne lui a pas appris qu’en diplomatie il ne faut pas dire toujours ce que l’on pense ? Nous avons eu le « crime contre l’Humanité » commis par la France en Algérie, délicieusement goûté pas les Algériens qui n’ont pas manqué de lui recracher la chose au visage. A présent il vient de rouler des mécaniques en Chine, même s’il n’a pas tort de vouloir une stratégie purement européenne et non alignée sur celle des USA. Ce fut le cas quand Chirac a refusé d’engager la France dans la désastreuse deuxième guerre d’Irak, déclenchée sur la foi d’un mensonge éhonté illustré par le petit flacon, probablement rempli d’eau du robinet, brandi par le ministre de la Défense américain comme preuve de la présence d’armes de destruction massive en Irak.
En marge de sa visite en Chine, il pouvait penser que les affaires du Pacifique ne sont pas les affaires de l’Europe (bien que la France y soit présente), il pouvait vouloir se désolidariser des USA, mais il était inopportun de le dire à ce moment. Je pense que les partenaires européens n’ont pas apprécié qu’il parle plus ou moins en leur nom, car il aurait pu parlé seulement au nom de la France. Et Macron s’est réjoui que les Chinois aient attendu son départ de Pékin pour encercler militairement Taïwan. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’ils aient attendu.
Dans la méthode du discours, on se tait quand on n’a pas les moyens de sa politique. Les USA sont venus trois fois au secours de l’Europe : Première et Deuxième guerre mondiales et aujourd’hui guerre en Ukraine. L’Europe est aujourd’hui incapable de résoudre ses problèmes, géant économique et nain militaire abrité sous l’OTAN qui dispose surtout des moyens américains. Elle pleure à chaque fois qu’un président américain se désintéresse de l’Europe. Alors Mr Macron il faut avoir les moyens de ses ambitions, même si celles-ci sont licites, ou se taire quand on ne les a pas, et faire en sorte de les acquérir pour parler d’égal à égal avec ceux qui les ont.