Van Eyck : "Les époux Arnoffini"
La loi de bioéthique du 2 août 2021 a ouvert l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules, mais par contre en France, les veuves n’ont pas la possibilité d’utiliser les spermatozoïdes de leur mari défunt ou un embryon fécondé avec ses spermatozoïdes pour réaliser une PMA post-mortem. Cette interdiction a été récemment confirmée par le Conseil d’Etat qui ne l’a pas jugée contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme mise en avant par une veuve, celle-ci considérant que la législation française était discriminatoire à son égard.
Lors des débats au parlement sur la loi de 2021, les députés avaient pensé que la PMA sur les veuves avec le sperme de leur mari défunt conduisait à créer des orphelins de père. Mais les veuves peuvent fort bien comme les célibataires bénéficier d’une PMA avec un sperme inconnu et ainsi créer des enfants sans père. Une filiation uniquement maternelle est permise et fait partie d’un projet parental avec effacement du père, mais une filiation mixte avec un père disparu n’est plus un projet parental car interrompu par le décès d'un membre du couple initial.
Quittons les questions juridiques qui ne sont pas de mon domaine, et qui de toute façon dépendent du pays où l’on habite et non d’une vérité quelconque, pour envisager le ressenti de l’enfant futur. Il est tout de même préférable de connaître son père à qui l’on doit la moitié de son génome que de l’ignorer. D’ailleurs, il est fréquent que les enfants nés par PMA à partir d’un sperme bancaire recherchent leur origine. Cependant, l’absence d’un ascendant peut provoquer un manque alors que sa disparition peut provoquer une souffrance. Dans le cas de l’utilisation des gamètes d’un père défunt, le descendant ne l’a jamais connu et sa disparition n’est pas vraiment source de souffrance mais éventuellement de regrets. Il est certain que la connaissance du père fournit à l’enfant une histoire, un passé vécu et peut-être un motif de fierté. Ainsi l’enfant né à partir des gamètes de son père disparu entre dans une histoire familiale complète contrairement à celui né d’un père inconnu. Orphelin de père mais inséré dans une famille, il n’est plus le produit d’un projet puisque celui-ci a été interrompu, mais toujours de deux branches d’une famille et non d’une simple filiation maternelle avec effacement volontaire du père, ce qui donne paradoxalement un avantage selon la juridiction française.
Les législateurs français ont-ils été heurtés par l'idée qu'un mort puisse procréer ? Un donneur de sperme peut aussi disparaître après l'avoir donné, mais on ne le sait pas. L'absence est mieux tolérée que la disparition.