Si l’environnement immédiat est habituellement peu hostile en l’absence de catastrophe ou de guerre, les peurs de l’animal humain sont le plus souvent fantasmées, ce sont des peurs anticipées car son intelligence lui permet malheureusement de les imaginer. Celle de la mort dont l’animal humain a conscience, celle de la crainte de la maladie dont il connaît de plus en plus les contours car la société médicalisée ne manque pas de lui rappeler la menace en prétendant la prévenir. Nous avons les peurs sans objet ou pour un objet qui pourrait éventuellement exister, des craintes inventées ou improbables mais ressenties comme inquiétude ou angoisse.
Ce préambule zoo-ethno-psycho-portes ouvertes pour dire que le sentiment le mieux partagé pendant cette pandémie est la peur. La peur a été largement utilisée par les autorités, notamment lors des soirées nécrologiques du Pr Salomon pour étancher la soif de transparence des concitoyens à l’affût des erreurs gouvernementales et persuadés « qu’on leur cachait des choses ». Cette transparence fut retournée par les mêmes qui ont acquis la certitude que le gouvernement gonflait les chiffres des morts alors que l’épidémie était en fait anodine et ne tuait que ceux qui étaient déjà à l’article de la mort, le virus SARS-CoV-2 ne donnant qu’une pichenette pour les pousser dans la tombe déjà ouverte. Evidente manœuvre à leurs yeux pour distiller la peur afin de contrôler la société et restreindre les libertés.
La typologie des personnes qui ne veulent pas se faire vacciner est très diverse. Ne parlons pas des idiots qui prennent le risque de contracter la COVID-19 uniquement pour s'opposer à Macron. Il y a bien sûr les attentistes qui se sont précipités sur les centres de vaccination depuis l’instauration du pass (passe ?) sanitaire afin de pouvoir fréquenter leur bistrot favori et les lieux de distraction. Mettons de côté les « complotistes » dont la peur est du type délire paranoïaque à l’égal des islamistes du Pakistan qui engagent la population à refuser le vaccin contre la poliomyélite, en affirmant qu’il est destiné à rendre les musulmans stériles. Les autres ont tout simplement peur de la vaccination : ce sont des froussards. Ils ont beau se draper de l’étendard de la liberté ou prôner d'autres alternatives que la vaccination, ils ont tout simplement peur de la piqûre, ils en craignent les effets secondaires dont on sait pourtant la rareté puisque les vaccinés se comptent par millions. C’est de la simple couardise puisque l’un des arguments avancés pour justifier leur refus est : « il n’y a pas assez de recul ». Combien de temps faudrait-il donc attendre ? Quelques millions de morts de plus si l’on cessait toute vaccination pour avoir le recul qu’ils escomptent pour les rassurer ?
Les mêmes prendront leur voiture pour partir en vacances avec la probabilité beaucoup plus grande d’avoir un accident mortel que celle de la survenue d’un accident vaccinal. Je sais, la peur n’est pas raisonnable, c’est même à ça qu’on la reconnait.
Illustration : Joseph Ducreux "Peur"