Il est assez curieux de personnaliser ainsi une microsphère de protéines qui utilise la machinerie cytoplasmique des cellules animales pour se multiplier. Jusqu’à preuve du contraire ce coronavirus n’a ni conscience, ni volonté, ni projet d’avenir. Il a un génome, donc une programmation qui permet sa réplication (avec des erreurs qui peuvent lui être favorables) en utilisant les capacités cellulaires d’êtres vivants évolués qu’il parasite et qu’il rencontre par hasard comme une graine qui trouve une terre pour éclore. Le Pr Delfraissy est un peu revenu sur ses positions, mais il n’est pas certain qu’il ait tort. J’ai entendu un jeune médecin, spécialiste de santé publique, devant le troisième « confinement » proposé par le Pr Delfraissy, déclarer avec élégance qu’il fallait le « débrancher » en affirmant que sa précipitation ne reposait sur aucune certitude. Mais je ne sais pas qui, aujourd’hui, pourrait avoir des certitudes. Quoi qu’il en soit dans d’autres pays, comme aux Pays-Bas, une partie de la population se soulève contre couvre-feu ou confinement et on parle à ce propos « d’acceptabilité » par la population des mesures restrictives. C’est curieux comme la tendance est d’utiliser les mots en changeant leur sens, surtout lorsque le mot utilisé paraît plus savant. Justement, on parle d’acceptabilité d’une phrase en matière grammaticale, dans le cas qui nous occupe, il faut tout simplement parler « d’acceptation » ou de degré d’acceptation des mesures. Reste que la crise sanitaire dure et que l’on n’en voit pas le bout, que l’on se pose des questions sur l’immunité acquise et sur son efficacité ultérieure, sur la production des vaccins et l’organisation de la vaccination. Des voix s’élèvent donc (comme celle de Comte-Sponville ou de Closets, eux-mêmes âgés) pour protester contre le sacrifice d’une génération de jeunes peu menacés par la covid pour sauver les vieux qui, lorsqu’ils sont atteints, ont une mortalité élevée et encombrent les hôpitaux alors que leur espérance de vie est limitée. Je suis dans la catégorie des vieux cons qui s’accrochent, mais j’avoue que sur le plan pragmatique, et en écartant l’éthique, cette vision froide des choses n’est pas dénuée de bon sens. Tout ce que j’espère est que l’on ne m’enfermera pas en raison de mon âge surtout quand arrivera le printemps. J’aime bien le printemps, et le dernier fut gâché, mais je crains qu’il en soit de même du prochain.