Ce qui m’a toujours étonné car l’administration française ne manque sûrement pas de structures dédiées à la « chose ». En matière de santé nous avons un mille-feuilles d’agences et nous avons même un ministre de la santé. Alors pourquoi nommer un responsable venu de l’extérieur ? Pour lui attribuer un éventuel échec ? Ce qui est une erreur d’appréciation car l’échec sera attribué au gouvernement, mais la réussite au « Monsieur quelque chose ». Est-ce pour donner l'impression d'une décision énergique en passant par-dessus les lourdeurs administratives ? Je suppose, au contraire, que les structures administratives existantes étant nécessaires à l'accomplissement de la tâche, le responsable transitoire risque de se heurter à leur inertie.
Nous avons eu le « Monsieur retraites » qui s’est évanoui dans la nature en même temps que son travail. Nous avons eu le « Monsieur déconfinement » dont l’action ne fut pas une réussite et il en a été récompensé en étant promu Premier ministre. Nous avons à présent un « Monsieur vaccin, un médecin dont la compétence n’est pas discutée mais dont l’action est pitoyable, peut-être pas de son fait, mais il a été obligé de « noyer le poisson » avec un pauvre sourire quand il a été interrogé sur la lenteur ahurissante du démarrage de la campagne de vaccination en France par rapport aux autre pays européens placés dans les mêmes conditions ou Israël qui atteindra probablement une immunité collective en mars prochain. Alors peut-être que le « Monsieur quelque chose » est là pour communiquer l’incommunicable.
Le « Monsieur vaccin » doit sans doute tenir compte de la peur qui imprègne les Français et leurs dirigeants. Le Pr Alain Fischer avait d’ailleurs commencé par déclarer qu’il comprenait les réticences des Français à la vaccination. Certains ont considéré que ce préambule était habile, j’avais considéré pour ma part qu’il allait dans le mauvais sens, on aurait aimé un peu d’enthousiasme pour cette prouesse accomplie par les laboratoires et qui constitue la seule issue pour sortir le pays de la crise sanitaire.
Les dirigeants, eux, craignent des suites judiciaires. Chirac nous a laissé le cadeau empoisonné du « Principe de précaution » qui figure dans la Constitution (et Macron nous promet d’y mettre l’obligation écologique qui n’a rien à y faire, tout comme le Principe de précaution). Alors nous devons obtenir la consultation médicale préalable et le « consentement éclairé », ce qui est habituel, mais aussi attendre un délai de rétraction de 5 jours, plaçant la vaccination sur le même plan que l’achat d’un objet dans une grande surface.
S’il y a un problème de logistique, il faut le dire mais ce serait un aveu d’échec. Pour la stratégie vaccinale il n’a y pas besoin d’un « Monsieur vaccin ». Il faut vacciner tous ceux qui le veulent et s’ils viennent il n’est pas nécessaire de s’embarrasser d’une parade juridique superfétatoire. Ceux qui ne veulent pas, c’est leur problème (dans la mesure où nous ne savons pas encore si le vacciné protège les autres) et ils seront minoritaires avec le temps. Comme les doses sont limitées on est obligé de commencer par les personnes les plus à risque et on s’est enfin décidé à prévoir de vacciner les soignants ce qui aurait dû être fait de suite, à la fois pour les protéger et pour montrer l’exemple, évitant le ridicule du « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation » du pauvre « Monsieur vaccin ». Ridicule ? Non dangereux, car chaque jour de retard se soldera par des malades et des morts.