On a toujours parlé du pouvoir médical, mais irait-on consulter un médecin s’il n’avait aucun pouvoir ? Dans une relation, celui qui sait plus a, de fait, un pouvoir sur celui qui sait moins, c’est aussi le pouvoir d’un ingénieur capable de faire construire un pont sur celui qui n’en est pas capable. Mais le pouvoir de l’expertise en médecine peut aussi être vécu de la part du patient comme une relation dominant-dominé car la pouvoir d’un médecin ne s’exerce pas sur la matière mais sur l’être humain, sur le devenir de son corps et en définitive sur la vie de l’autre. Il s’agit aussi d’une relation entre une personne souvent affaiblie et inquiète qui vient solliciter le secours d’une personne qui, en théorie, ne l’est pas. ////// Ces dernières décennies on a tenté de donner du pouvoir au malade en l’engageant à « s’approprier » sa maladie, ce qui est une formule grotesque, en étant « maître de son mal », ce qui n’est pas impossible pour certaines maladies chroniques comme le diabète, mais illusoire pour la plupart d’entre elles car on ne maîtrise pas son mal, on le subit, et prétendre choisir librement son traitement est aussi une illusion, même si l’on peut refuser tout traitement ou choisir entre des alternatives proposées par le médecin, mais c’est encore ce dernier qui les proposent. Ce pouvoir médical peut être rejeté pour se tourner vers des médecines dites parallèles et qui sont, en effet, parallèles à la médecine. ////// Du pouvoir médical légitime et recherché, on assiste aujourd’hui avec cette pandémie à une prise de pouvoir de la médecine sur la société, ce qu’un philosophe allemand a appelé une « médicocratie ». L’exécutif est obligé de s’entourer de médecins et de suivre leurs conseils car ne pas les suivre serait se condamner en cas de catastrophe sanitaire. On reprochera plus à un gouvernement la mort de malades que l’on n’a pas pu soigner que la mort de l’économie qui peut toujours renaître. Ainsi les médecins sont aujourd’hui au cœur du pouvoir exécutif, et ils sont aussi au cœur du pouvoir médiatique puisqu’ils défilent massivement sur les plateaux TV avec pour la plupart le même discours répétitif, et pour certains un discours opposé qui fait la joie des journalistes. L’exercice du pouvoir par les médecins les met en danger car ils subiront les attaques que subit tout pouvoir. Ce pouvoir même sera mis en doute et discuté, voire agressé et la perte de confiance dans le médecin finira par se retourner contre le malade.