A la demande des chirurgiens d'Amsterdam, Rembrandt a peint ce tableau, "La leçon d'anatomie du Dr Nicolaes Tulp" en 1632, il avait 26 ans. On y voit le Pr Tulp disséquer la face antérieure du bras gauche (ce qui explique l'orientation du pouce) de Aris Kindt, pendu le jour même pour vol à l'âge de 41 ans.
Une dissection en public n'était autorisée qu'une fois par an, et de préférence en hiver, le sujet pour la démonstration devant rester la plus frais possible par égard pour les notables qui venaient y assister. Le livre aux pieds du pauvre Aris est peut-être celui de Vesale, ouvrage qui avait balayé un siècle auparavant les connaissance anatomiques qui dataient de l'Antiquité.(voir 36)
Ce que ce tableau montre surtout est que l'opérateur et les spectateurs sont en habits de ville, que tous ont les mains nus et qu'aucun, probablement, sauf peut-être le Dr Tulp (en raison du sang dont elles pouvaient être éventuellement maculées) ne se les lavera à la sortie de la salle d'autopsie. Tout ce petit monde ira donc transporter à l'extérieur les germes plutôt méchants recueillis sur le cadavre, au profit des autres, et notamment des malades qu'ils auront à examiner par la suite.
C'est le Hongrois Semmelweiss, mort il y a 154 ans jour pour jour, qui a montré, un siècle environ après la création de ce tableau, que les obstétriciens eux-mêmes transportaient le vecteur des fièvres puerpérales (qui tuaient à l'époque jusqu'à près d'un cinquième des accouchées à Vienne) à partir des autopsies qu'ils réalisaient pour tenter d'expliquer cette hécatombe. Bien entendu, la plupart de ses confrères autrichiens, n'ont guère apprécié d'être considérés comme des meurtriers involontaires, alors que le lavage des mains à l'hypochlorite de calcium préconisé par Semmelweiss suffisait à faire chuter la mortalité vers 1%.
Interné à Vienne pour maladie mentale, ce précurseur de l'hygiène serait mort à 47 ans, le 13 août 1865, d'une septicémie liée aux blessures infligées par le personnel de l'asile.