Nous sommes dans un Etat de droit. Les gens ont donc des tas de droits, mais certains s’arrogent celui d’en avoir de supplémentaires pour satisfaire une exigence ou un désir qu’ils présentent comme un droit, en sommant l’Etat ou la justice de faire le nécessaire pour en bénéficier.
Certains sont farfelus comme l’ambitieux « droit à la santé » qui s’était fait une place de choix dans le passé, mais dont on parle moins car les gens sensés se sont sans doute aperçus que ce droit à la santé devait logiquement déboucher sur un droit à l’immortalité (ça viendra peut-être), aussi, à présent, parle-t-on plus volontiers d’un « droit aux soins », parfaitement justifié et restant dans le domaine du possible.
Pourtant est apparue sur la place publique une association qui défend le « droit à guérir » ce qui impliquerait qu’il n’y a pas de maladies inguérissables et que si un médecin ne guérit pas son patient il tombe, non pas dans l’illégalité (car ce droit ne figure pas encore dans la législation), mais dans la culpabilité.
Cette association « Le Droit à guérir » (à noter le D majuscule) défend en particulier des patients mordus par une tique et qui peuvent développer par la suite une infection, une borréliose nommée maladie de Lyme du nom de la ville où cette maladie fut décrite pour la première fois. Cette infection évolue en plusieurs phases et pourrait laisser des troubles séquellaires dans une forme dite chronique.
L’ennui est qu’il a été attribué à cette forme chronique, dont l’existence même est discutée, tout et n’importe quoi étant donné l’absence de spécificité des troubles signalés. Le diagnostic est parfois avancé par les patients ou des médecins peu scrupuleux malgré la négativité des tests (dont la fiabilité est alors mise en doute par les intéressés) et même parfois en l’absence dans les antécédents de morsure de tique, hôte de nos forêts et vecteur inconscient de la maladie.
Les spécialistes des maladies infectieuses et notamment ceux qui connaissent le mieux les borrélioses, doutent du rapport de causalité entre l’agression ancienne de la tique (lorsqu’elle existe) et le tableau pathologique survenant à distance de l’infection initiale (lorsqu’elle a existé) chez tous les patients qui viennent les consulter.
Cette confusion multi-pathologique suscite des vocations médicales et des centres dédiés à la maladie de Lyme qui accueillent à bras ouverts les déçus des infectiologues compétents mais réticents. Des cliniques promettraient même une guérison contre des sommes dépassant les 10 000 euros, car il est incontestable que les patients souffrent, même si la cause invoquée de leurs maux est plus que discutable. Les charlatans, eux, sont toujours prêts à les soulager.
Comme on le voit, c’est là qu’apparaît un droit supplémentaire : le « droit de faire son diagnostic » ou le « droit de choisir sa maladie ». Avec internet, rien n’est plus simple de faire un autodiagnostic, mais si le médecin, quel que soit sa compétence, à qui vous vous adressez ensuite n’est pas d’accord avec vous, vous avez le droit de lui faire un procès. Dans le cas qui nous occupe, dans une logique surréaliste, des spécialistes authentiques de la maladie de Lyme sont attaqués en justice parce qu’ils ne reconnaissent pas à la tique la responsabilité de la diversité pathologique dont souffrent les patients alors qu’eux sont certains du diagnostic clinique et étiologique, aidés en cela par quelques spécialistes auto-proclamés, des associations dont on se demande la motivation, et des avocats prêts à défendre l’indéfendable.
C’est ainsi que plusieurs patients soutenus par l'association « Le Droit à guérir » ont déposé plainte contre X pour non-assistance à personne en danger, pour violences psychologiques et verbales à l'encontre d'une vingtaine de professeurs de médecine "détracteurs" de la forme chronique de Lyme, ces accusés ayant été auparavant harcelés par voie postale.
Pour l’avocat de cette cause « Lymite », l'absence de reconnaissance en France de la forme chronique de la maladie de Lyme inflige aux malades "une souffrance physique et psychologique insupportable et les contraint à des errances médicales qui leur sont extrêmement préjudiciables" écrit-il dans son dépôt de plainte. La formation médicale et scientifique acquise par ses études de droit et son expérience de pathologiste lui permet d’affirmer que : "La forme chronique de la maladie de Lyme est une pathologie extrêmement grave consistant en un syndrome d’immunodéficience acquise inflammatoire bactérien multisystémique, dont la présence dans le corps humain peut entrainer chez certains des maladies et souffrances associées, et qui nécessite une prise en charge longue de poly-antibiothérapie. En outre, il est reconnu, du fait de nombreuses données épidémiologiques et scientifiques, que la maladie de Lyme dans sa forme chronique est impliquée dans un grand nombre de pathologies inflammatoires chroniques, auto-immunes et dégénératives (pathologies ophtalmologiques multiples, pathologies cardiaques, Sclérose en plaque, Sclérose latérale amyotrophique, Alzheimer, maladies de la sphère autistique, Fibromyalgie, Syndrome de Fatigue Chronique, etc…)".
N’en jetez plus ! C’est du sérieux, mais on a aussi le droit de ne pas l’être.