Il y a la main qui écrit, la main qui pétrit, la main qui peint, la main qui pétrit le pain. La main du musicien qui court amoureusement sur son instrument. La main du médecin qui recherche le mal, celle du chirurgien qui le tranche pour le bien.
Il y a la main complice qui donne une caresse à l’être que l’on aime, au chien qui vous aime, ou aux fesses tentatrices.
Il y a les mains réunies, une menotte dans une grosse, une large sur une fine, les doigts entrelacés. De petites mains unies dans une ronde enfantine. Celles jointes en prière, ou menottées de fer pour avoir la paix.
Il y a les mains qui parlent de ceux qui parlent trop ou de celui qui se tait parce qu’il est muet
Il y a ceux qui tendent la main pour connaître leur destin, et ceux qui prétendent l’avoir dans leurs mains, mais n’en savent rien.
Il y a celui qui tend la main, le dos au mur, parce qu’il n’a rien, sauf la soif et la faim.
Il y a ceux en colère qui ferment la main pour en frapper le voisin ou le tenir en l’air pour menacer l’univers.
Il y a les mains habiles qui trichent ou dérobent. Il arrive que devant des messieurs en robe, ils tombent dans la nasse comme des poissons morts.
Il y a les mains assassines qui serrent le cou un peu fort : meurtre ou accident, au hasard du jugement.
Il y a les hommes souriants qui se serrent longuement la main par devant, et jouent parfois à celui qui serre le plus fort, pour la photo, ou qui se passent la main dans le dos pour se trahir demain.
Il y a ceux qui se salissent les mains dans les moyens justifiés par la fin ou dans le sang de la guerre et en sont fiers. Il y a ceux qui s’en lavent les mains, et même s’ils se donnent du mal leurs mains restent sales.
Il y a les mains qui tremblent avec sur leur dos cette terrible crasse sénile, ces petites taches brunes qui petit à petit se touchent et tirent un voile blanc sur le destin de chacun.
Paul Obraska
Albrecht Dürer : "Le Christ au milieu des docteurs" (détail)