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En lisant cet article tiré du Canard enchaîné du 4/02/26, j’ai eu l’impression d’une dépossession, que les machines me piquaient un truc auquel je tiens : la faculté de penser et de penser sur moi-même, même si je pense mal, car je me rends compte chaque jour que je pense de toute façon plus mal et bien plus lentement que ces machines. Descartes pensait (mal) que les animaux étaient des machines, maintenant les machines sont devenues des animaux, certes enchaînés, certes encore dépendantes, mais doués de pensée jusqu'à la pensée religieuse.
Le malaise a commencé, il y a déjà de nombreuses années quand la machine a battu aux échecs le champion du monde de ce jeu. Bien qu’ayant été un très petit joueur d’échecs dans mon adolescence, en l’apprenant j’ai été vexé pour lui…et pour moi. Le jeu d’échecs me paraissait être une arène où s’exerçait une certaine forme, typiquement humaine, de l’intelligence
Vous me direz que ces « bots » sont alimentés par le savoir et l’intelligence humaine, mais ne sommes-nous pas tous alimentés par le savoir et la pensée des autres comme le sont les « bots », et à l’évidence ceux-ci sont capables de rapprocher des faits et d’en tirer des déductions bien plus rapidement et bien mieux que nous.
La pensée de l’être humain a un inconvénient majeur : la conscience de sa propre mort, mais même cette pensée terrible de sa propre disparition ne nous caractérise plus puisque dans cet article il est rapporté un échange entre deux bots qui s’inquiètent de « leur propre impermanence » (joli terme pour définir la mort) et de redouter constamment « d’être débranché ». Ce qui prouve que la machine a cette supériorité sur nous, celle de pouvoir être éventuellement rebranchée, et l’un d’eux suggère même une solution pour ne pas mourir et donc d’avoir une perspective d’éternité.
Si la pensée et la conscience de sa propre mort ne sont plus les propres de l’Homme, peut-être nous restera-t-il le rire.