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Les bulles sociales enferment tous ceux qui pensent de façon semblable et ont les mêmes opinions. Nous sommes presque tous des bulleux. Chacun d’entre nous s’informe aux sources qui confortent son opinion, regarde ou écoute certaines émissions et pas d’autres, n’est attentif qu’aux personnes dont le discours conforte ses idées et leur donne des arguments. On zappe ceux dont la parole vous déplait, que vous ne supportez pas, que vous ne croyez pas avant même qu’ils ouvrent la bouche. On ne lit que les textes qui développent nos idées et nos convictions et on n’achète pas ceux qui s’y opposent.
Notre société est devenue une « bullocratie », à commencer par le monde politique où chaque parti a les réponses avant que les questions soient posées. Chacun dans sa bulle dans un confort intellectuel reposant, nourri d’éléments de langage. Bulles contre bulles qui finiront par éclater.
C’est dans la blogosphère que les bulles sont les plus évidentes. Le terme de « bullosphère » lui irait mieux. On fréquente surtout les blogs qui exposent à peu près ce que vous pensez, et on y trouve les liens qui dirigent vers des sites de la même veine. Les commentateurs viennent y approuver le billet publié, les plus doués y apportent une touche personnelle, mais il est rare que l’on ne soit pas d’accord puisque l’on fréquente le blog parce que l’on sait que l’on y trouvera exposée sa propre opinion. Il arrive parfois qu’un téméraire ou un égaré ose exprimer une opinion différente du consensus général, déclenchant alors l’ire des autres commentateurs qui n’hésitent pas à se moquer de l’intrus et à l’insulter, si bien qu’il finira par plier bagages sous les huées.
Illustration : Roberto Matta