Il semble que les logiciels d’aide à la prescription médicale sont largement répandus, notamment dans les hôpitaux. S’ils sont bien faits (ce qui n’est pas certain pour nombre d’entre eux) ils sont probablement utiles pour les doses à prescrire et les interactions possibles entre les médicaments prescrits. Cependant, ils ne semblent pas faire le bonheur de tous les prescripteurs hospitaliers qui passeraient plus de temps à regarder leur écran dans le couloir qu’à parler avec le patient ou à l’examiner dans sa chambre.
Pour ma part, je n’ai aucune expérience de ces logiciels. J’ai toujours rédigé mes ordonnances à la main en écrivant les médicaments en lettres capitales, en réfléchissant à chaque ligne, sans jamais utiliser ordinateur et imprimante pour sortir des ordonnances toutes faites, pensant qu’une ordonnance doit être individualisée et réfléchie si l’on veut ne pas commettre d’erreurs. Cependant, si je m’imposais l’ordonnance manuscrite, je n’allais pas jusqu’à la rédiger avec une plume d’oie comme le faisait un patron que j’ai connu, le crissement de la plume d’oie sur le papier faisant partie d’un cérémonial impressionnant, et l’ordonnance ainsi rédigée avait déjà l’efficacité d’un placebo.
Je trouve que l’ordinateur est un instrument merveilleux, mais son omniprésence me semble être un obstacle aux rapports humains. Un de mes confrères m’a raconté qu’il avait été amené à fixer longuement l’ordinateur pendant une consultation, sa patiente lassée d’être négligée s’était alors levée sans bruit et avait quitté le cabinet sans qu’il s’en aperçoive.
Non seulement l’ordinateur a une présence envahissante, mais on lui accorde une confiance aveugle. C’est ainsi que récemment une patiente a été tuée à l’hôpital par un logiciel d’aide à la prescription en sortant une ordonnance comprenant un pénicillinique, alors qu’elle y était allergique et que cette allergie était bien mentionnée dans le dossier. Un bug assassin. Mais ce qui m’étonne dans ce dramatique accident, ce n’est pas l’erreur informatique (qui a toujours bon dos pour retirer sa responsabilité), c’est l’erreur humaine. Car il a bien fallu que quelqu’un signe cette ordonnance, quelqu’un l’a donc signée sans la relire ou sans connaître la patiente. La prescription doit rester humaine, avec ou sans plume d’oie.