16 Février 2024
On entend souvent depuis que la parole des femmes s’est libérée : « je ne pouvais rien faire, j’étais sous emprise ». Si cette emprise était assortie de violence ou de chantage, on comprend très bien que la personne dominée ne pouvait pas être libre de ses actes, mais dans le cas où se libérer de la domination n’aurait pas entrainé de risque pour soi ou pour les autres, doit-on toujours considérer que la personne sous emprise, lorsqu’elle est émancipée, est totalement une victime, et la personne qui la domine la seule coupable ?
La situation dominant/dominé se retrouve dans tous les rapports humains : affectifs, psychologiques, intellectuels, professionnels, et selon le cas et le temps, la situation peut s’inverser. J’ai été sous l’emprise de mes maîtres lorsque je les admirais et lorsqu’ils me transmettaient leur savoir, ma conduite dépendait de cette transmission, de leur expérience et de leur exemple. Les disciples de Socrate étaient probablement sous son emprise (Lebrun : « Socrate »). On peut regretter qu’aujourd’hui les élèves ne soient guère sous l’emprise de leurs professeurs, et la tendance serait plutôt de contester leur enseignement, notamment dans le milieu universitaire. Le « wokiste » n’aime pas être dominé, il préfère nager dans ses certitudes plutôt que d’écouter les autres jusqu’à les faire taire pour ne pas les entendre.
Les sectes sont basées sur l’emprise, mais les victimes la recherchent, elles sont donc responsables de leur situation autant que leur gourou. Une personne non majeure, mais émancipée, accordant des faveurs sexuelles à une personne plus âgée n’est-elle pas responsable de ses actes ou n’y trouve-t-elle pas son intérêt sur le moment ? Et chacun sait que l’amour est une emprise mutuelle qui peut parfois être déséquilibrée.