On a parlé de soif de démocratie pour les foules arabes qui se sont révoltées contre les régimes autocratiques sous lesquels elles vivaient depuis de nombreuses années. Qu’elles aient voulu, au prix de leur vie, renverser des dictateurs et des clans familiaux qui ont usé et abusé du pouvoir, on ne peut que saluer leur courage, mais il n’est pas certain que celui-ci sera récompensé dans l’avenir et il n’est d’ailleurs pas certain que la démocratie telle que nous la concevons soit considérée par tous les arabes comme une récompense.
J’ai entendu dire que le conseil de transition en Libye envisageait de s’inspirer de la charia pour leur constitution et leur législation nouvelles. Rien d’étonnant, la charia avait inspiré la constitution ancienne de leur pays et est à la base de la législation (plus ou moins adaptée à l’époque moderne) dans de nombreux pays à majorité musulmane, ce qui fait de l’Islam une religion d’état et la laïcité une inconnue.
Dans ces conditions peut-on instaurer une démocratie là où il existe une religion d’état, là où les lois ne sont pas votées par des représentants du peuple appartenant à divers partis, mais sont déjà formalisées pour une bonne part par des coutumes religieuses anciennes et difficilement modifiables puisqu’inspirées de Dieu ?
Certains musulmans pensent que c’est possible. Ce n’est pas l’avis de la cour européenne des droits de l’homme (et on pourrait ajouter : surtout de la femme) dans un arrêt du 31 juillet 2001 qui a fait « observer l’incompatibilité du régime démocratique avec les règles de la charia ».
Photo AFP de rebelles libyens à Tripoli le 24/08/11, parue dans le Monde