| Dans les actions humaines, la prévision d’un phénomène accroît sa probabilité de survenue. |
En science, l’observateur influe sur le phénomène observé. En matière financière, la survenue d’un évènement peut être provoquée par l’annonce de sa possibilité. En matière politique, un résultat de sondage d’opinion peut orienter une élection dans le même sens. Dans les actions humaines, un jugement sur la réalité peut modifier la réalité, l’idée que l’on se fait d’un évènement devenant partie intégrante de l’évènement.
Il est certain que le verdict des agences de notation sur la situation économique d’un état contribue à modifier la situation de cet état. Tout se passe comme si un instrument de mesure serait à même de modifier par la mesure l’objet mesuré. L’état dévalorisé accuse alors l’instrument de mesure de sa propre situation, comme un patient accuserait le thermomètre de lui donner de la fièvre. Si un thermomètre ne peut pas créer un état fébrile, un malade à qui l’on annonce qu’il a de la fièvre se sent toujours plus mal et ceux qui l’entourent sont plus inquiets après cette annonce qu’avant. L’annonce de la vérité que l’on s’efforçait de cacher est toujours mal vécu par un patient comme par un gouvernement qui se mentait à lui-même et aux autres et par le peuple qui ne se fait plus d’illusions et devra la subir.
A l’encontre du théorème, on pourrait me rétorquer que les politiques ou les économistes peuvent faire des prévisions optimistes qui ne favorisent guère leur réalisation. L’inefficacité de ces prévisions tient peut-être à leur manque de sincérité. L’optimisme des dirigeants est une constante qui se veut rassurante (notamment à l’égard du prêteur qui craint de perdre son argent et du bon peuple pour tenter de conforter ses illusions), mais dont on finit par douter, comme le pessimisme est la règle des opposants, mais que l’on suspecte de vouloir préparer leur échec futur.
D’une façon générale ce sont plutôt les prévisions pessimistes qui influent sur le cours des évènements car la peur précipite davantage le mouvement que l’espoir.