23 Août 2013
Les médias ont annoncé avec une certaine complaisance que l'avocat Vergès était décédé dans l'appartement parisien où s'était éteint Voltaire, faisant ainsi un lien subliminal entre les deux. Certes le grand l'écrivain s'était parfois conduit en avocat comme l'avocat se conduisit parfois en écrivain, mais le lien s'arrête là.
Voltaire avait défendu des causes apparemment perdues alors que les présumés coupables étaient innocents. Défendre des innocents injustement accusés par l'appareil de l'Etat, c'est prendre le risque d'échouer. Echec durement ressenti lorsqu'on est persuadé de l'innocence du condamné.
Vergès était un malin. Il ne prenait pas ce risque. Il s’est fait connaître en défendant des coupables évidents, déjà condamnés par l'histoire, et dont il était lui-même persuadé de la culpabilité : Klaus Barbie, Carlos, Georges Ibrahim Abdallah, Milosevic, le Khmer rouge Khieu Samphan...En déclarant, grand seigneur : « Quand un homme traqué frappe à ma porte, c'est toujours pour moi un roi dans le malheur ». Certes, ces individus, aussi pourris soient-ils, avaient le droit d'être défendus, mais quand un avocat s'en fait une spécialité, on peut avoir quelque doute.
Vergès était un malin. Il n'avait aucune chance de gagner un de ces procès et donc aucune chance de subir le moindre reproche de l’avoir perdu. Mais il s’agissait de procès à grand spectacle fortement médiatisé, ce qui lui permettait de se mettre en valeur en développant habilement des paradoxes et en attaquant les institutions en bretteur malin mais inutile pour ses clients.
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