Et si on parlait politique ? Parler de quoi ? C’est le vide. Une chambre des députés va bientôt être élue et l’on voit quoi ? Les deux partis extrêmes disent n’importe quoi, et le fait troublant est que dans ses interventions Marine Le Pen parait plus sensée que Mélenchon, il est vrai que celui-ci est distrait par le repassage de son habit de Premier ministre qu’il a sorti du placard de ses ambitions. Et le centre ? Il ne dit rien. Heureusement qu’il y a la guerre en Ukraine pour occuper les médias.
Nous avons un « nouvel » exécutif qui n’exécute rien sinon sa crédibilité, et je n’ai pas encore compris ce qu’il voulait faire d’autant plus qu’il ne s’exprime pratiquement pas, bien que Macron ait claironné qu’il voulait tout changer afin que rien ne change. Mais on a eu la surprise de le voir dans un hôpital, non pour se soigner mais pour montrer qu’il allait sur le terrain et il faut avouer que celui-ci est miné.
« Aller sur le terrain » : les politiques se gargarisent de l’expression pour montrer combien ils sont proches de leurs concitoyens (et surtout de leurs électeurs). Ils font une apparition fugace, très organisée et encadrée, pour retourner bien vite dans leurs palais, conduit par leur chauffeur attitré qui ne respectera pas les limitations de vitesse, tellement le maître est pressé de rentrer. En fait, c’est une façon de s’exprimer méprisante ; le terrain, c’est quoi ? Des champs peuplés de péquenots ? Des quartiers incertains ? Des chantiers salissants ? De la boue ? Du purin ? des ordures ? Attention ! Les politiques choisissent leur terrain et l’hôpital, c’est propre. Mais il faut leur rendre hommage quand ils se vantent d’ « aller sur le terrain » comme on va à la guerre, car c’est faire preuve de courage que de se mêler à la populace, même de loin et pas longtemps. Le politique cherche à en tirer avantage : se montrer et faire parler de lui.
Par contre, je n’ai jamais compris en quoi une visite « sur le terrain » pouvait être efficace pour le terrain. Lors de la visite de Macron à l’hôpital de Cherbourg les soignants ont probablement exposé leurs doléances, toujours les mêmes et parfaitement connues des visiteurs officiels car largement exposées dans les médias. Mais maintenant que le terrain a été labouré par Macron en personne les choses vont sûrement changer à Cherbourg et dans tous les hôpitaux par la même occasion : « Le président de la République a ainsi annoncé la mise en place "d'une mission de quatre semaines pour consolider les urgences". "On met en place une organisation de combat puisque la situation est très fragile sur le terrain", a annoncé Emmanuel Macron. ».
Energique, non ? Une mission pour consolider les urgences, une mission, c’est ce qui manquait aux urgences. Quatre semaines, ne serait-ce pas un peu court ? Les urgences ne vont-elles pas s'écrouler quand la mission qui les consolidait aura disparu ?
Illustration : Yves Tanguy : "Overview"