Cet après-midi, dans le métro, était assise en face de moi une jeune fille. Bien sûr, son jean était largement déchiré aux genoux, les trous laissant voir les rotules striées de fils de tissu. Bien sûr, elle avait le portable à la main et les écouteurs aux oreilles. Mais pendant tout le trajet cette jeune fille a mastiqué son chewing-gum, les yeux dans le vague. Une mastication appliquée, énergique, permanente, sans le moindre répit. Un exercice qui à la longue devrait lui créer des muscles masticatoires maousses. Elle est descendue avant moi tout en continuant sa rumination de bovidé.
Sa place fut rapidement occupée par une femme d’âge bien mûr et voilée et que faisait-elle ? Elle mâchait un chewing-gum – je n’invente rien – j’ai donc eu à nouveau ce spectacle enrichissant de la mastication perpétuelle, qui s’accompagnait, comme pour la jeune fille précédente, d’un regard manifestement bovin, à croire que l’activité masticatoire, pour peu qu’elle soit prolongée, exige la concentration d’une vie intérieure.
Mâcher du chewing-gum semble donc être une activité universelle, par-delà l’origine ethnique, par-delà les croyances, par-delà les âges. Faut-il encourager cette activité pour réunir les peuples ? Je vais apporter au débat un article intitulé : « La vérité sur le chewing-gum » que j’avais publié il y a dix ans et que je vous retranscris ici :
Le Pr Gilbert-Dreyfus, Membre de l'Académie de Médecine, s'est attaqué en 1981 au chewing-gum (La Revue de Médecine n° 44 du 28 Décembre 1981) avec la plus grande énergie. Manie transmise par les troupes américaines venues libérer la France, il l'accuse de provoquer une « énorme aérogastrocolie » entraînant des palpitations, des éructations et l'émission salvatrice de gaz intestinaux. La perturbation de la digestion serait la cause chez l'enfant d'un ralentissement de la croissance. S'y ajoute - et en cela il n'avait pas tort - la nocivité des colorants et des sucres rapides. Nous le laissons conclure : « N'ayons pas peur de proclamer bien haut, en guise de conclusion, qu'il faudrait mettre un terme au scandale du chewing-gum, et tâcher d'obtenir que soit supprimée en France la vente de ce « produit » aussi malfaisant que l'alcool, la drogue et autres toxicomanies. Invitons, en attendant, les amateurs de chewing-gum à cracher leur salive contaminée jusqu'à n'avoir plus en bouche qu'un petit magma caoutchouteux, jaunâtre et fade ».
Il faut se rendre l'évidence, l'académie de médecine n'est pas écoutée.