Dans le roman « 1984 » de George Orwell, le héros, Winston Smith, est employé au Ministère de la Vérité (Miniver en novlangue) où son travail consiste à remanier les archives nationales afin que les écrits du passé soient en harmonie avec les évènements et la politique du présent.
Toutes proportions gardées, on peut retrouver aujourd’hui un peu de ce Ministère de la Vérité au ministère de l’Education nationale pour ce qui concerne l’enseignement de l’histoire.
Le choix des sujets étudiés et l’importance qu’on leur a donnée semblent vouloir obéir à trois impératifs :
D’abord, tenir compte de la composition des classes, car comment expliquer que l’étude de l’islam soit un sujet obligatoire dans l’enseignement de l’histoire de France ? Contrairement à l’Espagne, l’islam n’a aucunement modifié son cours ou de façon marginale par les croisades. Dans l’histoire du monde, l’islam a évidemment sa place, mais dans ce cas pourquoi ne pas étudier le Bouddhisme ou l’Hindouisme ?
Ensuite, introduire dans l’étude du passé des préoccupations du présent dans une perspective de formatage.*
Enfin, satisfaire, dès que l’occasion se présente, au goût de la « repentance » dans laquelle la France se plonge ces dernières années avec une délectation masochiste, alors que « le mal n’est pas une maladie héréditaire ». Je vois le moment, si les choses continuent ainsi, où les élèves de France finiront par avoir honte de leur histoire.
Il est vrai que nombre d’écoliers ne considèrent pas cette histoire comme la leur, et ne sont pas mécontents qu’on leur parle des excès de la colonisation, les renforçant ainsi dans leur position revendicatrice « d’indigènes de la République ». Il est vrai que dans le passé, il eut été plus sage de la part des Français de laisser les pays africains dans l’état où ils les avaient trouvés sans les infecter par la civilisation occidentale, et en ne laissant sur place, dans un but scientifique, que quelques ethnologues.
Si la France n’a pas à être fière d’avoir largement participé à la traite négrière, elle l’a fait comme beaucoup de pays. Affreuse normalité dans le contexte de l’époque. Il ne faut pas confondre histoire et morale. Les arabes ne s’excusent aucunement d’avoir fait commerce d’esclaves sur une grande échelle depuis longtemps, et continuent encore sans remords à goûter à l’esclavagisme d’une façon ou d’une autre. Quant aux africains, ils étaient eux-mêmes partie prenante (un africain sur quatre était l’esclave d’un autre africain)[1]. « Au lieu de faire sans cesse acte de repentance, soyons fiers d'avoir été une des premières nations avec l'Angleterre à avoir aboli l'esclavage et occupons nous des 22 millions esclaves (selon l'ONU) qui souffrent aujourd'hui à travers le monde. » (Dimitri Casali).
Est-ce le rétablissement en 1802 par Napoléon Bonaparte de l’esclavage qui vaut à ce monument de l’histoire mondiale de sombrer dans la Géhenne entre le CM1 et le CM2 emporté avec le siècle qui suit la Révolution française, et que l’on ne trouve dans le programme qu’à l’état embryonnaire ? (voir ci-dessous)
*« Ce domaine est consacré à la compréhension du monde que les êtres humains tout à la fois habitent et façonnent. Il s’agit de développer une conscience de l’espace géographique et du temps historique. Ce domaine conduit aussi à étudier les caractéristiques des organisations et des fonctionnements des sociétés (…) Il implique enfin une réflexion sur soi et sur les autres, une ouverture à l’altérité, et contribue à la construction de la citoyenneté, en permettant à l’élève d’aborder de façon éclairée de grands débats du monde contemporain. » (Domaine 5 du socle commun de la loi d’orientation pour l’enseignement de l’histoire)
[1] Selon Catherine Coquery-Vidrowitch, cité par Dimitri Casali (Le Huffington Post)