Selon les jargonneurs moliéresques de l’Education nationale, « s’exprimer », couramment utilisé par les primaires du langage, devrait avantageusement être remplacé par « produire des messages à l’oral et à l’écrit ».
Je voudrais ajouter une petite pierre (à défaut de la jeter sur une grosse tête programmatrice) à ce grandiose édifice périphrastique sous forme de précisions : il faudrait dire pour « exprimer » : produire des messages à l’oral, à l’écrit, par mimique, par regard et… au sudoral.
En effet, on sait que les agents chimiques contenus dans la sueur sont des signaux de communication odorants liés à la présence chez l'homme d'une abondante flore bactérienne. La sueur peut témoigner d'un état affectif comme la joie ou la peur, et cet état affectif sera perçu par la personne qui en renifle l'odeur.
Par une sorte de contagion, l'émission de signaux chimiques dans la sueur de quelques personnes effrayées suffirait à provoquer un mouvement de panique dans un espace clos, comme un grand magasin ou une de salle de spectacle, Des études ont montré que des personnes déprimées dégageaient une odeur bien particulière susceptible de créer un « état de stress négatif » chez les personnes exposées.
Des chercheurs de l’Université d’Utrecht (Pays-Bas)[1] estiment que le sentiment de bonheur peut être transmis par les odeurs véhiculées par la sueur, tout comme les phéromones jouent un rôle important dans l’attirance sexuelle.
Pour le démontrer, ils ont fait une expérience en double-aveugle (ni l’expérimentateur, ni la personne soumise à l’expérience n’avait connaissance des éléments expérimentés) qui consistait à faire renifler par des femmes des tampons absorbants imbibés de la sueur des aisselles d’hommes qui avaient visionné trois vidéos successives (les aisselles étant remises « à zéro » à chaque fois), véhiculant soit des images effrayantes, soit des images de bonheur et de sérénité, soit des images neutres. Pendant que ces dames reniflaient les tampons de ces messieurs, leurs mimiques et leurs mouvements oculaires étaient soigneusement analysés par ces chercheurs néerlandais.
Ils ont ainsi pu constater que les mouvements oculaires ainsi que les mimiques exprimées en sentant une sueur recueillie sur des hommes apeurés étaient des mimiques de peur, tandis que celles exprimées en sentant une sueur d’homme en état de bien-être évoquaient un sourire.
Si les aisselles sont riches en messages chimiques que l’on cherche, par discrétion, a effacer par un déodorant, les mains en sont également porteuses. Au Weizmann Institute of Science en Israël, l'équipe de Noam Sobel et Idan Frumin, a démontré par une série d’expériences sur 271 volontaires, le rôle discret mais hautement significatif de la poignée de main.
Lors de la poignée de main la transmission de signaux chimiques a été vérifiée par chromatographie et spectrographie de masse, les mouvements analysés par une vidéo cachée avec pixellisation et analyse numérique, le débit respiratoire des narines recueilli. Manifestement les mains sont reniflés et ce, plus longuement s’il s’agit du sexe opposé.
Les longues poignées de mains des hommes d’Etat ne seraient-elles destinées qu’aux photographes ? Peut-être faudrait-il plutôt enregistrer les mouvements des narines cherchant à capter les informations chimiques.
Mais qui ne semblent pas toujours décodées de façon correcte.
[1] Jasper HB de Groot et coll. A Sniff of Happiness. Psychological Science, Published online before print April 13, 2015, doi: 10.1177/0956797614566318
http://pss.sagepub.com/content/early/2015/04/10/0956797614566318.abstract