Ben voyons ! Il est proposé de demander aux médecins qui ont prescrit du Médiator de contribuer à l’indemnisation des victimes de ce médicament, notamment lorsqu’ils l’ont prescrit comme coupe-faim (hors Autorisation de Mise sur le Marché).« Ils le seront si les victimes le jugent bon ou si le laboratoire Servier le demande, a indiqué samedi le ministère de la Santé ». Parce que le laboratoire Servier peut encore demander quelque chose ?!! Sacré Xavier !
Les organismes officiels de contrôle du médicament ont permis (soit pour des raisons peu avouables, soit par incompétence) le maintien et le remboursement de ce médicament, alors que les médecins qui n’ont pas la possibilité de contrôler son innocuité à longue échéance, ne pouvaient que faire confiance aux experts payés pour assurer ce contrôle.
Mais me direz-vous, certains médecins l’ont prescrit comme coupe-faim alors qu’il n’était pas indiqué pour cela ? Et alors ! Prescrire un coupe-faim est discutable, mais par la suite l’atteinte des valves cardiaques - effet secondaire possible superbement ignoré par les experts - n’a pas été proportionnellement plus fréquente chez les patients où ce médicament (considéré comme anodin) a été donné pour maigrir. Si cette prescription hors AMM a augmenté le nombre de patients soumis au Médiator, le laboratoire Servier en a tiré un large bénéfice et il serait curieux (mais rien n’est impossible) qu’il puisse reprocher quelque chose aux médecins qui, eux, ignoraient ce que ce laboratoire mettait à leur disposition qui, lui, ne l’ignorait sans doute pas.
Lorsqu’un médicament est connu pour provoquer des complications sérieuses, il est impératif de respecter les indications pour lesquelles le rapport bénéfice/risque a été déterminé, mais lorsque les organismes officiels annoncent qu’un médicament peut être prescrit sans risque notable, l’utiliser pour une indication différente de celle qui a été déterminée au départ n’a rien de criminel. De nombreux médicaments ont ainsi vu leurs indications s‘élargir au fur et à mesure de leur emploi, indications qui ont été par la suite entérinées par les organismes de contrôle.
Alors faire payer aux médecins la prescription d’un médicament que l’on a autorisé et considéré officiellement comme sans risque notable, c’est vraiment se débarrasser scandaleusement d’une patate chaude.