Nous sommes au XXIe siècle. Le cerveau humain a été capable d’inventer des choses inouïes, sa raison a pénétré dans l’infiniment petit et dans l’infiniment grand, il a permis de construire avec intelligence le pire et le meilleur et les hommes sont toujours aussi cons. Leur morale s’atrophie au moindre souffle mauvais et la superstition n’a pas reculé d’un pouce depuis l’âge des cavernes (mais il me faut avouer que malgré mon âge avancé, je n’y étais pas).
On croit toujours à la prévision de l’avenir : boule de cristal, cartes, astrologie, horoscopes, aux médiums, à la conversation avec les morts, aux sectes, au paradis, à l’enfer, aux apparitions, aux miracles et j’en passe, impossible de faire une liste exhaustive des superstitions. Je sais, beaucoup me diront peut-être qu’à leur avis ce ne sont pas des superstitions, parce qu’ils y croient (CQFD).
Les croyances irrationnelles sont indépendantes de la culture. Le Roumain Mircea Geoana croit que ce sont les maléfices et les énergies négatives de son rival Traian Basescu (lancées par des gens placés à droite de la caméra lors du débat télévisé) qui lui ont fait perdre les élections en le frappant au front, au plexus et à la poitrine. Un de ses partisans a confié au quotidien Gandul qu’“Il faut en permanence lutter pour exorciser ces forces ». Le candidat malheureux a aussi fait les frais d’un vieux sortilège égyptien, la “flamme violette”, téléguidée par ses ennemis, qui chaque jeudi revêtaient une cravate mauve, affirmation rapporté dans Evenimentul Zilei. Est-ce un cas isolé en Roumanie ? Non. Nombre de Roumains sont convaincus que les inondations dont est régulièrement victime la Roumanie ne sont pas autre chose que le châtiment de Dieu (je peux rassurer ces Roumains : ce ne sont pas les seuls à y croire). L’Eglise roumaine n’est pas en reste, qui dénonce les passeports biométriques où apparaît en filigrane le visage de Satan, et l’ex-député Gigi Becali, est venu la Croix en main exorciser le parlement de Bucarest.
En Arabie Saoudite, il a été trouvé le moyen de se prémunir contre les propos et les pensées malfaisants. Les médisances, les calomnies et les jalousies s’exprimant le mieux lors des mariages et des festivités autour des repas, les restes de ces repas, soigneusement recueillis et vendus par les serveurs sont censés protéger du mauvais œil. En Arabie Saoudite, c’est la superstition la plus anodine.
Car l’ennui est que ces superstitions qui peuvent faire sourire peuvent aussi faire verser le sang des animaux et des hommes. Elles l’ont fait à travers les siècles et elles continuent à le faire.
Les vautours sont piégés et massacrés en Afrique du Sud, au Mozambique, au Kenya ou en Tanzanie. Pourquoi ? Parce qu’il leur est attribué, selon les guérisseurs, des vertus prémonitoires en raison de leur vue perçante ( !?), Les amateurs de jeux de hasard fument ou inhalent leur cervelle séché et pilé dans l’espoir de visionner les numéros gagnants du loto. En Afrique noire, une légende veut que le sang et les organes des albinos portent chance aux chercheurs d’or. Les albinos sont donc régulièrement assassinés afin que les sorciers, qui orchestrent ce trafic macabre, puissent fabriquer avec des bouts de noirs à peau blanche des amulettes et des grigris pour des noirs à peau noire qui cherchent le métal jaune.
Ce ne sont que quelques exemples. Les superstitions, quelles soient religieuses ou non, existent sous tous les cieux mais elles sont plus ou moins sanglantes. Celles qui ne le sont pas ou qui ne le sont plus évitent le chômage à ceux qui se vantent d’avoir des pouvoirs surnaturels ou d’être des intermédiaires de l’Au-Delà et peuvent rendre heureux ceux qui y croient, bien que certaines vont jusqu’à les ruiner ou à disloquer leur famille.
Le curieux est que les religions traitent de superstitions toutes les pratiques qui ne font pas partie des leurs. Question de monopole.
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