Ce matin sur les ondes j’ai entendu quelqu’un (je crois qu’il s’occupe de rugby) dire que devant les résultats de l’équipe de France de handball il se sentait « fier d’être Français ». Est-ce à dire qu’en cas d’échecs de cette équipe il se serait senti honteux de l'être ? La fierté nationale repose-t-elle sur des jeux de ballon ? Et qu’est ce que c’est que la fierté nationale ?
Comment peut-on être fier de ce que l’on n’a pas fait soi-même ? Je peux admirer les prouesses d’une équipe sportive mais je ne vois pas pour quelle raison je devrais me les attribuer (d’autant plus que je n’ai jamais joué au handball). J’admire les œuvres des artistes français, mais je ne suis pas fier – personnellement - de leur travail, ce n’est pas moi qui les ai faites, et croyez que je le regrette.
Je ne pense pas que la phrase du sportif ait été chauvine, il n’y avait apparemment de sa part aucune partialité, aucun fanatisme, simplement une appropriation, une identification.
Cette identification est-elle un élément de l’identité nationale ? Je pense aux Français d’origine algérienne, avec souvent la double nationalité, qui ont envahi le terrain de football car l’équipe d’Algérie était en passe d’être largement battue par l’équipe de France. Ils ont choisi leur camp en s’identifiant à l’équipe d’Algérie et en sifflant la Marseillaise à l’occasion.
L’identification n’a pas de sens et c’est pourtant une signature d’appartenance. S’attribuer les lauriers d’autrui est une usurpation mais l’identification peut se faire dans l’autre sens. Pendant la guerre d’Algérie devant les exactions de certains militaires français, je n’étais pas fier d’être Français et pourtant je n’ai pas participé aux tortures infligées à des Algériens.
Si on peut être honteux d’être Français, il serait juste, si l’occasion se présente, de pouvoir en être fier, mais je ne serai ni fier ni honteux d’un résultat sportif, motif futile de fierté ou de honte.
Doit-on être fier de son pays ou simplement d’être heureux, malgré tout, d’y vivre et de vouloir vivre là plutôt qu’ailleurs, en ajoutant, quand on le peut, un petit quelque chose à l’ensemble et en espérant tirer un peu de fierté de ce que l’on a pu y ajouter.
