Il existe des émissions de télévision qui illustrent bien « La société du spectacle ». Ce sont celles qui donnent comme spectacle les spectacles de la télévision elle-même. La télévision se regarde et ce regard est donné à regarder. Le spectacle se suffit à lui-même, il n’a aucun besoin de la réalité. D’ailleurs chacun sait que la réalité n’existe que lorsqu’elle devient spectacle et le spectacle a plus de crédibilité que la réalité et peut aisément la remplacer comme le montrent les manipulations d’images ou d’informations qui dans le passé ont provoqué des réactions attendues par les manipulateurs.
Les hommes politiques déclament souvent des textes écrits par d’autres, n’est-ce pas la définition même du comédien ? Inversement, le comédien peut très bien jouer à l’homme politique et il n’est pas plus mauvais que les politiciens professionnels.
Mais me direz-vous : « les hommes politiques gouvernent ». En fait, seuls les dictateurs gouvernent pour le malheur de leurs peuples. Les autres tentent de s’adapter à des situations qu’ils ne maîtrisent pas et les plus appréciés sont ceux qui ne les aggravent pas. Dans la grande majorité des cas ils font semblant de gouverner, comme les comédiens font semblant de vivre une situation. Leur habileté consiste à monter un spectacle crédible et pour cela ils s’entourent de metteurs en scène chargés de la communication afin que celle-ci devienne la réalité aux yeux des spectateurs.
Comme dans les émissions mentionnées au début, la politique consiste pour l’essentiel à communiquer sur la communication, aussi bien pour le parti au pouvoir que pour son opposition. Le comédien politique passe son temps à jouer son rôle, à commenter son jeu, en s’efforçant de remplacer la réalité qui lui échappe et qu’il modifie à peine par le spectacle qu’il maîtrise, afin de susciter de bonnes critiques et d’être applaudi aux prochaines élections.
J'ajoute à ce billet qu'il est regrettable que les politiques soient en grande partie jugés sur leurs talents de comédien et d'orateur, et qu'une prestation dans la salle de spectacle que constitue un meeting puisse être éventuellement décisif pour sélectionner un homme ou une femme d'Etat à qui on va demander par la suite de tenter de gouverner et non pas de jouer. De l'avis de tous, le meilleur comédien est Mélenchon dont on peut craindre qu'il gouvernerait comme ses idoles que sont Castro, Chavez ou Maduro. C'est finalement le chanteur Bernard Lavilliers qui, en homme de spectacle, a le mieux défini Mélenchon en déclarant qu'il avait voté précédemment pour lui mais qu'il ne le ferait plus, le considérant à présent comme un cabotin qui l'énerve de plus en plus.
Illustration : H. Daumier