Quand Mélenchon a sorti délicatement son « on va bouffer de la Reine pendant dix jours », il n’avait pas tort. Les funérailles d’une petite dame, qui a tenu dignement son rôle de porte-drapeau que sa naissance et les circonstances lui ont assigné, prennent des proportions pharaoniques et une occupation des médias qui atteint l’overdose. Même si l’on évite de regarder le déroulement des opérations, les échos de la chose nous parviennent dès que l’on ouvre une chaîne d’information : files d’attente monstrueuses, arrestation d’un homme tentant de toucher le cercueil et pays à l’arrêt. Ridicule des commentaires s’extasiant devant le courage de ce grand dadais chenu de Charles III, qui tentera peut-être de guérir les écrouelles, n’hésitant pas à serrer des mains et même à faire la bise aux élus réussissant à l’atteindre au-dessus des barrières. On ne sait pas qui est enfermé : le roi comme bête curieuse ou la foule béate et bébête. On m’a fait remarquer précédemment que les gens ont besoin de communier ensemble et que les symboles ont leur importance. Sûrement. Mais la communion autour d’individus dénués de tout talent véritable, n’ayant rien apporté d’autre au monde que leur propre existence me semble absurde.