Je n’avais pas lu le premier roman qui inaugura en France la science-fiction. Il fut écrit par René Barjavel et paru en 1943 en feuilleton dans Je suis partout, journal antisémite et collaborationniste de l’époque, et autant dire que le roman est marqué par elle. Le début décrit une déclaration de guerre d’un empereur noir qui envisage de détruire les Blancs. Ce « nègre » disparait par la suite du roman et on se demande ce qu’il est venu y faire. Un monde futur est par la suite décrit avec talent, un monde qui bénéficie de tous les progrès scientifiques dont on peut rêver mais ceux-ci rendent l’homme dépendant d’eux. Comme aujourd’hui l’électricité est reine, mais moins qu’aujourd’hui puisque le monde où nous vivons est devenu l’esclave de l’informatique. Et tout d’un coup, dans le monde idyllique décrit par Barjavel, l’électricité disparait mystérieusement provoquant un chaos extrême où la loi de la jungle va dominer, les catastrophes se multiplier, et les meurtres courants puisque nécessaires pour survivre. Le héros du livre amène une petite troupe à travers la France pour créer, après de nombreuses aventures plus ou moins horribles, un monde rural dont il devient le patriarche adulé, faisant brûler les livres, bannissant tout progrès scientifique, introduisant la polygamie et lui-même père de multiples enfants, tous des mâles par la grâce de Dieu, sauf un fille qu’il donna en mariage à son successeur : un gaillard blond aux yeux bleus comme tout bon aryen. Manque la devise « Travail, Famille, Patrie ».