L’exercice convenu des passations de pouvoir entre ministres passés et ministres futurs est évidemment inutile et parfaitement ennuyeux. La seule justification est la courtoisie qui doit présider à la transmission du pouvoir dans une démocratie, s’opposant ainsi à une prise de pouvoir parfois violente dans les régimes autocratiques. L’exercice consiste pour le ministre partant à vanter son bilan et pour le faire avaler à remercier son équipe, et pour le ministre arrivant à rendre éventuellement un petit hommage à son prédécesseur mais aussi dire qu’il va faire ce que l’autre fut incapable d’accomplir. Les deux peuvent saisir cette occasion pour parler d'eux-mêmes et en fait, ils se détestent courtoisement puisque l’un prend la place de l’autre : le remplacé ne voit pas pourquoi il a été remplacé par le remplaçant à qui il fait parfois la leçon avant de partir, et le remplaçant considère qu’il est temps que le remplacé le soit. Donc je n’ai regardé que partiellement et très peu de passations de pouvoir, mais je suis tombé sur le début du discours (je n’ai pas écouté la suite) de Bruno Retailleau qui a détaillé son programme en trois points : point 1 : rétablir l’ordre ! Point 2 : rétablir l’ordre ! Point 3 : rétablir l’ordre ! On voit de suite la finesse du bonhomme, cette déclaration triplement énergique étant trompeté devant Gérald Darmanin, son prédécesseur au ministère de l’Intérieur, sous-entendant ainsi que ce dernier avait été incapable de maintenir l’ordre et que lui, Retailleau le rétablira. Le nouveau ministre de l’Intérieur me semble déjà mériter un bouquet d’éphémères, plus pour le temps qu’il lui est imparti pour accomplir sa vantardise que pour la renaissance qu’elles symbolisent.