J’avoue que pour moi cela
reste un mystère que des gens, qui paraissent doués d’une intelligence normale lorsqu’on les interroge, puissent rester debout des heures, parfois dormir à la belle étoile, pour être bien placés
afin de voir défiler sur le tapis rouge du festival de Cannes des comédiens et des comédiennes devenus acteurs et actrices par la grâce du cinématographe.
Certes, ces étoiles sont fort bien habillées et parfois déshabillées ; certes, elles ont pu nous distraire ou nous émouvoir, aplaties sur une toile en faisant semblant d’être ce qu’elles ne sont pas, en jouant les héros et les héroïnes et en finissant parfois par revêtir aux yeux du monde leurs exploits simulés. Mais quel est l’intérêt de les voir en chair et en os, derrière une haie de photographes le flash en folie, de faire tant d’efforts pour les entrevoir marcher sur un tapis en montrant au public ébahi leur prestance ou leur beauté et leurs atours de luxe, de se gargariser de les avoir vues pour en faire le récit ému à leur entourage envieux ?
Ce sont nos héros modernes auxquels il faut ajouter les pousseurs de chansonnettes, les hystériques du rythme et les héritières plus ou moins dépravées.
A propos, Roland Moreno l’inventeur de la carte à puce géniale qui a changé notre quotidien et mort fin avril, ne devait pas attirer grande foule avec sa tête un peu clownesque qui ne brillait que par son astuce. Et Einstein non plus, avec sa tête échevelée dont le génie avait pourtant changé notre vision de l’univers. Il est vrai que leur profession n’était pas de s’exposer, mais l’auraient-ils fait que peu de monde se serait déplacé pour les voir marcher quelques mètres et monter quelques marches, même sur un tapis rouge.
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