Hier, théâtre. J’y ai vécu un ennui ferme, aussi ferme que le fauteuil sur lequel j’ai passé une heure quarante à regarder discrètement le cadran lumineux de ma montre. Car si les théâtres parisiens ont le charme des antiquités, leurs sièges sont également spartiates.
Curieusement, le cinéma donne l’illusion de la réalité alors que rien n’est réel lors de la projection d’un film. Sur la scène d’un théâtre, tout est bien réel, le décor comme les comédiens en chair et en os et tout parait artificiel. Alors pour que la magie puisse s’opérer il faut que la pièce soit bonne, que les comédiens aient des choses à dire et qu’elles soient bien dites, c’est ainsi que disparaissent artifices et conventions.
Hier, les comédiens n’avaient rien à dire d’intéressant et le disaient mal. Des paroles précipitées dans une mélasse à moitié avalée, les femmes en particulier avaient le don de déglutir goulûment leur texte comme si elles avaient peur qu’on le leur dérobe. Des colères simulées pour des motifs futiles, des banalités qui se voulaient profondes mais qui n’avaient que la profondeur d’un vide abyssal, des réparties qui se voulaient drôles mais qui n’ont déclenché que quelques rires parcimonieux. Et pourtant, le spectacle – qui a d’excellentes critiques - fut applaudi, saluant ainsi les efforts des comédiens qui s’étaient tout de même démenés devant nous pendant une heure quarante, en connaissant par cœur un long texte que j’ai trouvé sans intérêt, ce qui n’est pas donné à tout le monde.
Watteau : « L’Amour au théâtre italien »