Ce dessin fait partie d’un livre « Les dessous du New Yorker » qui montre l’absence de tabous de ce magazine. A ce propos, l’auteur de l’article du Point fait remarquer : « Plus on feuillette et plus on se dit : la France est vraiment malade de trouille. Où sont passées notre liberté, notre ironie ? ».
C’est qu’en France, comme dans la plus grande partie de l’Europe, la tendance est de rendre pathologique une opinion contraire ou une hostilité en utilisant avec une grande facilité le terme, avant tout médical, de phobie. La raison en est, sans doute, la folie des massacres qui se sont déroulés en Europe pendant la IIème guerre mondiale.
La phobie est une aversion instinctive sans aucune justification raisonnable. Si une opinion sur un groupe humain n’est aucunement justifiée ou pire repose sur des arguments erronés et encore pire sur des bases inventées de toutes pièces, il s’agit d’une aversion instinctive et on peut parler de phobie. Dans le cas contraire, utiliser le terme de phobie c’est considérer qu’une opinion défavorable, même argumentée, sur un groupe humain ou une de ses parties, ressort de la psychiatrie et son porteur comme un malade, ce qui conduit à condamner son opinion comme sans fondement raisonnable et celui qui l’émet comme irresponsable mentalement, mais éventuellement responsable devant les tribunaux.
Reste qu'il est souvent injuste et parfois dangereux de généraliser et d'englober dans une opinion sans nuance, aussi argumentée soit-elle, tous les individus d'un même groupe. Un individu doit être jugé sur ce qu'il est et ce qu'il fait, et non sur son appartenance à un groupe. La radicalité est au moins une psychorigidité, si elle n’est pas une phobie.
On comprend alors que les gens, le personnel politique, les médias ont acquis la crainte d’être traités de X-phobes, même s’il s’agit d’une opinion étayée ou d’une antipathie sans la moindre agressivité (car on a tout de même la liberté de trouver des gens sympathiques ou antipathiques). D’où cette frilosité, les précautions oratoires un peu lâches, et le maniement d’une ironie le plus souvent constipée, surtout si celle-ci touche une fraction de la population prompte à dégainer ou protégée par des associations qui visent à niveler la pensée selon un politiquement correct de plus en plus étouffant.