Mon cher Dominique,
Etant plus âgé que toi, je me permets de t'appeler par ton prénom et de te tutoyer, mais si cela te gêne n'hésite pas à m'en avertir.
L'autre jour, j'ai assisté à ton interview dans le journal de 20 heures de France 2. J'ai bien aimé le côté corrida du spectacle. Bien que tu aies plutôt l'air d'un taureau, massif, à la démarche balancée, tu jouais le matador, alors que ton adversaire qui avait la minceur et la jeunesse d'un torero jouait au taureau. Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences.
Le taureau, crinière blonde et questions au vent, fonçait sur toi, parfois en faisant semblant d'aller ailleurs, pour tenter d'extirper de ton organe quelque cri du cœur et toi, tu jouais de la muleta en clignant de l'œil gauche pour esquiver ses assauts, mais en laissant toutes les passes ouvertes.
Manifestement le public, surtout à droite de l'arène, voulait ta mort, mais même à gauche il y eut quelques sifflets pour ne pas te voir encorné. Tu vois ce qui t'attend de la part de tes amis du poulailler.
Entre nous, n'es-tu pas bien où tu es ? Bien payé, des voyages à l'œil, attendu partout, un rôle mondial, des possibilités d'agir sur les choses, alors qu'un misérable Président d'un modeste pays comme la France n'est même pas capable de mettre à la porte un ministre pour faute professionnelle.
Et ils ont l'air d'être content de toi là-bas. Certes, Anne en a marre de voyager et pense que les tentations sont bien trop nombreuses à travers le monde. Mais qu'est-ce que tu viendrais faire ici ? Passer de la puissance à l'impuissance ? Être mis sur le même pied que les picadors et les picadeuses ? Ils sont même assez cons pour te reprocher d'être circoncis (à vrai dire, je ne sais pas si tu l'es, dans le cas contraire, aurais-tu l'obligeance de me le faire savoir).
En espérant que, malgré tes multiples occupations, entre deux urgences financières, tu prendras le temps de lire ces quelques lignes totalement désintéressées, car si malgré mes conseils tu devenais Président de notre république bananière, ne songe surtout pas à moi pour un poste de ministre.
Ton dévoué Dr WO