Le principe de Peter : « Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence » est bien connu. Il part du postulat que ceux qui sont incompétents restent à leur poste et que ceux qui sont promus en raison de leur compétence risquent de devenir incompétents à un niveau supérieur, pour aboutir à la conclusion que la plupart des postes dans une organisation sont occupés par des incompétents.
Le principe de Peter est plus satirique que réel, car ce qui compte c’est l’adéquation entre une personne et son poste. Dans une usine, par exemple, celui qui fut un mauvais ouvrier peut devenir un bon directeur. Cependant, il se révèle parfois exact, non seulement dans le sens vertical, mais également dans le sens horizontal.
Prenons, par exemple, les ministres d’un gouvernement. Le plus souvent ils sont désignés à un ministère pour des raisons politiques et non pour leurs compétences à ce poste, d’où l’armée de conseillers et de consultants dont ils s’entourent. Avec le temps le ministre, s’il n’est pas idiot, finira par devenir compétent dans ses attributions. Pour le récompenser de cette compétence acquise, au prochain remaniement, il sera promu à un ministère plus important ou plus délicat où il risque de montrer toute son incompétence.
Le principe de Dilbert, décrit pas Scott Adams, est peut-être plus proche de la réalité : « Les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : ceux de managers. ». Les dirigeants n’ont même plus la compétence de leurs subordonnés (c’est sûrement vrai pour la technologie) et ceux-ci deviennent irremplaçables à leurs postes, seuls les incompétents sont promus.
Prenons un exemple récent. Jean-Amédée Lathoud est devenu directeur de l’administration pénitentiaire, or c’est lui qui en tant que procureur général de Douai avait validé l’instruction du juge Burgaud sur l’affaire d’Outreau de triste mémoire. André Ride est devenu directeur de l’inspection générale des services judiciaires (IGSJ), or c’était le procureur général d’Auxerre au moment de l’affaire des disparues de l’Yonne où certains dossiers de victimes avaient été classés ou avaient disparus. L’un et l’autre furent entendus par des commissions d’enquête (et Ride par l’IGSJ dont il est aujourd’hui le directeur) et c’est à ces brillants magistrats qu’a été confié l’établissement du rapport sur d’éventuels dysfonctionnements dans l’affaire du meurtre de Laëticia et par lequel les juges ont été blanchis.
Illustration : Michaël Willman « Montée des anges le long de l’échelle de Jacob » (1691)