Comme le
christianisme a marqué chaque jour de ses saints de façon indélébile, le monde actuel tend à marquer les jours de ses questions non résolues, comme l'on va à confesse afin de libérer sa
conscience et obtenir l'absolution.
La « journée de » fait florès. Il s'agit, le plus souvent, de parler pendant une journée entière (tout de même) d'une situation épineuse ou de remettre en mémoire une tragédie passée. Ce sont des piqûres de rappel qui permettent d'augmenter les défenses de sa conscience.
Le lendemain, les femmes continueront à être battues ou tuées, les grand-mères à rester seules, les sommes consacrées à la lutte contre le Sida à être détournées et le préservatif à être préservé. Le lendemain, certains continueront à nier les évidences historiques ou à se dire excédés par leur rappel annuel de crainte d'encombrer pour quelques heures les quatre cases de leur esprit shadockien.
Mais me direz-vous, on en parle pendant une journée entière (tout de même). C'est juste. Ce qui permet de concentrer les doléances sur un jour et de libérer ainsi les trois cent soixante quatre autres jours pour ne rien faire de plus ou de les consacrer à d'autres doléances que l'on n'a pas l'intention ou le pouvoir de satisfaire.
Pablo Picasso : « Portrait d’une femme assise »