Les idéologies et les idées imposées aux masses finissent tôt ou tard par être abandonnées ou par échouer ou être combattues et sombrer, noyées dans le sang.
On est soulagé de les voir disparaître. Jetées dans les poubelles de l’histoire, on croit que celles-ci seront vidées dans les décharges à l’abri des cerveaux pour éviter de les polluer. On espère qu’elles seront incinérées ou broyées afin qu’il n’en reste plus rien pour les générations futures.
Erreur. Les poubelles de l’histoire ne sont jamais vidées.
Les idéologies et les idées naissent mais ne meurent jamais, elles s’évanouissent, errent comme des fantômes et hantent les esprits.
Après le temps nécessaire pour que disparaissent les générations qui les ont subies, après le temps nécessaire pour que l’oubli s’installe, les idéologies et les idées, aussi nocives furent-elles, réapparaissent.
Bien sûr, leur nom change, leur façade est repeinte, les bonimenteurs sont souriants, et jurent la main sur le cœur ne pas avoir tiré les nouvelles idées des anciennes poubelles et persuadent les masses que celles qu’ils proposent sont devenues indispensables. Comme elles l’étaient avant d’être jetées dans les poubelles de l’histoire.
Et les gens s’y laissent prendre car quand on est dépourvu il ne reste qu’à fouiller dans les poubelles, et d’accepter ce que l’on en sort, même s’il faut se pincer le nez pour s’en nourrir.
René Magritte « L'avenir des statues »
PERSUASION
Un homme vaincu
a forcément tort
Un homme mort
est un homme convaincu
Un convaincu a tort d'être mort
il ne peut plus dire ses torts au plus fort
Et lorsque s'accumulent les morts pour leur bien
on les met ensemble dans des fosses communes
où les hommes se retrouvent enfin
et que disparaît leur rancune
Plus le vainqueur tue de gens plus il sera décoré
Et les survivants persécutés persuadés
feront au tueur de grandioses statues
sur les places et dans le vide des rues
Paul Obraska