Ce matin, sur une radio périphérique, le présentateur a interrogé une femme séropositive au virus du SIDA depuis 20 ans. Traitée par la trithérapie antirétrovirale, elle a déclaré mener, et c’est heureux, une vie normale, elle paraissait pétulante, et disait péter la forme. Tant mieux.
Les médecins et les biologistes ont réussi à transformer une maladie constamment mortelle en une maladie chronique, à condition d’être dans un pays qui dispose de ces traitements miraculeux, et avec la possibilité de prendre les malades totalement en charge.
L’optimisme qui se dégageait de cette interview m’a mis mal à l’aise.
L’épidémie au VIH ne cesse d’augmenter en France (environ 6000 nouveaux cas de contamination chaque année). Un tel optimisme aussi sympathique et encourageant soit-il peut jeter un doute sur la nécessité de la prévention par le préservatif, moyen de plus en plus abandonné, notamment par les homosexuels, pourtant les plus menacés en raison du comportement sexuel de nombre d’entre eux. Cet abandon pouvant expliquer l’extension de l’épidémie.
L’efficacité de la trithérapie permet une vie normale, et c’est tant mieux. En outre, ce traitement est peut-être en passe de devenir un moyen de prévention permettant de donner libre cours à la prise de risques (voir ICI). Les séropositifs eux-mêmes pourraient peut-être avoir des rapports non protégés avec des séronégatifs si la charge virale dans leur sang est suffisamment abaissée (ce qui reste à prouver pour les homosexuels masculins, les rapports anaux étant plus traumatisants et plus contaminants).
Optimisme un peu excessif lorsque l’on sait que la trithérapie prise de longues années, puisque l’on ne guérit pas pour l’instant de l’infection, peut avoir des effets secondaires non négligeables, en particulier cardio-vasculaires, et exige un suivi contraignant.
Optimisme un peu gênant lorsque l’on sait que la trithérapie coûte actuellement à la société de 1000 à 1500 € chaque mois pour chaque contaminé, et il faut y ajouter le prix du suivi médical, et celui des examens biologiques réguliers pour la surveillance.
A confronter au prix du préservatif.