La nouvelle tomba à 10 heures. Les rédactions, d'abord sidérées, furent prises d'une hystérie collective, et la diffusèrent fébrilement. Le monde fut stupéfait, abasourdi, incrédule, anéanti. Beaucoup crièrent au complot.
Une nouvelle si inattendue que les automobilistes en l'entendant perdirent le contrôle de leur voiture. On ne compta plus les accrochages et les accidentés. Des femmes accouchèrent plus tôt, d'autres avortèrent spontanément. A l'inverse, les escargots restèrent dans leur coquille et les lièvres dans leur terrier.
On réveilla ceux qui étaient endormis pour leur annoncer la nouvelle et en l’entendant certains sombrèrent dans le coma :
Le pape s'était converti à l'islam !!!
La conférence de presse pontificale eut lieu à midi. La place Saint-Pierre était noire d'une foule sceptique, mécontente, agitée et impatiente de connaître les raisons qui auraient poussé le Saint-Père à abandonner le Saint-Siège pour se convertir à la religion de Mahomet.
L'ex-pape apparu devant les journalistes du monde entier en djellaba, mais seul. La curie s'était abstenue de paraître à ses côtés. Et il s'expliqua :
« Au moment de préparer mes tartines avec de la margarine - il faut vous dire que j'ai un peu de cholestérol - l'ange Gabriel m'est apparu. Je dois avouer que l'apparition du messager divin m'a surpris car je ne croyais pas trop à son existence. Mais l'ange était bien devant moi, le nez sur mes tartines, et il portait une besace, maladroitement, car gêné par ses ailes. De sa besace il sortit un livre. Je pensais qu'il s'agissait de la Bible, mais pas du tout. En chaussant mes lunettes, je reconnus le Coran, ce livre dicté par Dieu où Il répète sans cesse qu'Il est miséricordieux. L'ange Gabriel me tendit le Coran par-dessus mes tartines en disant : « c'est pour vous, et il y a une dédicace ».
Le ci-devant pape se tut un instant. L'assistance médusée attendait dans un silence religieux, sachant que la suite allait expliquer l'incroyable nouvelle. Et l'ex-Saint-Père repris : « j'ai lu la dédicace… Elle était d'Allah ».
La salle explosa, les gardes suisses bien que déboussolées par la conversion de leur patron, faillirent intervenir pour le protéger, mais sans la moindre intention de décapiter les opposants. Ce n’est plus le genre du Vatican.
Les invectives fusèrent, mais un journaliste, plus maître de lui, demanda : « Et comment le savez-vous que la dédicace était d'Allah ? » et l'ex-chef de l'Eglise catholique répondit, sereinement : « j'ai reconnu son écriture ».