La misérable lettre de délation du corbeau de village est tombée en désuétude. L’artisanat n’est plus ce qu’il était. Le progrès a emporté l’écriture maquillée ou les extraits de journaux découpés. La délation glisse et se répand sur la toile sans le moindre obstacle. Le début d’une chaîne de délations a cependant commencé comme une lettre publique puisqu’il s’agit d’un journal : l’Oise Hebdo qui publia le portrait, le nom et le lieu de résidence du policier responsable de la mort de Nahel à Nanterre, histoire de le cibler lui et sa famille. La suite ne se fit pas attendre, l’identité du journaliste a été à son tour révélée sur twitter bien que son article ne fût pas signé comme une bonne lettre anonyme d’antan. Le nom du propriétaire de l’entreprise de location du véhicule conduit – fort mal – par Nahel fut à son tour révélé sur les réseaux sociaux. A charge de revanche, les internautes ont collecté et affiché les noms des donateurs à la cagnotte de soutien au policier. Le but de ces délations est bien sûr de nuire. Triste humanité. On imagine ce que les réseaux sociaux auraient pu permettre aux délateurs lors de l’occupation de la France par l’armée allemande. (Source Marianne) Illustration : Goya « La dénonciation »