Lorsque Lang a lancé la « fête de la musique » (elle se déroule aujourd’hui et va mobiliser 27000 policiers en région parisienne ! ), à sa première édition j’ai déambulé dans les rues de Paris, allant d’un orchestre à un autre, d’un chant au suivant, de bruits en bruits et de couacs en couacs. Depuis, je n’ai jamais renouvelé l’expérience, restant sagement chez moi, n’aimant ni la foule, surtout lorsqu’elle un peu survoltée, ni les fausses notes.
J’ai eu l’heureuse occasion de lire les remarquables mémoires de Jean-François Revel : Le voleur dans la maison vide. A cheval sur les pages 595 et 596 (de l’édition Plon), on peut lire ceci :
« Dix ans après L’Idéologie française[1], Marc Fumaroli a dévoilé dans L’Etat culturel[2], les origines Vichyssoises, non pas vagues mais explicites et bien inscrites dans les institutions, les organisations, les manifestes, de tout un courant inspirateur des politiques de la culture sous les IVe et la Ve République de Jeanne Laurent à Jack Lang. La haine de l’individu, l’éloge du groupe, le culte du grégaire et du collectif, la répudiation de l’éducation de l’esprit comme conquête de l’autonomie du goût et du jugement, au profit de l’effusion abêtissante et des braillements grégaires dans les « fêtes » de foules anonymes et acéphales – on a même inventé une « science en fête » ! – dirigées et subventionnées par l’Etat, toute cette négation récente[3] de l’essence même de la civilisation occidentale, telle qu’elle court de Socrate à Proust, prend sa source en Vichy et, plus généralement, dans les philosophies totalitaires ».
Felix Nussbaum : "Mascarade"
[1] Un des ouvrages intéressants de Bernard-Henri Lévy, qui fit grand bruit lors de sa sortie.
[2] Livre écrit par un érudit mais que je n’ai pas lu, il souleva les mêmes « vociférations » lors de sa parution que le livre de BHL ; preuve qu’il y a des sujets auxquels il ne faut pas toucher.
[3] Les mémoires de Revel sont parues en 1997 chez Plon.