Dans sa chronique qui paraît dans Le Point, l’écrivain algérien Kamel Daoud nous parle du « rêve du retour, cauchemar des enfants d’immigrés ». Il parle de ces villas vendues aux Algériens immigrés en France il y a une trentaine d’années, engloutissant leurs économies, dans la perspective du retour définitif « au bled » mais qui n’a jamais eu lieu, ni pour eux, ni pour leurs enfants. Ces villas à l’abandon « signifient une chose terrible : le rêve du retour. Si aujourd’hui les enfants des immigrés algériens ne se sentent pas français, c’est aussi à cause de ce rêve de retour qu’on leur a implanté dans la tête dès la naissance. Nés pour revenir, ils ne vivront jamais pour s’intégrer, s’assimiler ou devenir français. ». Et Kamel Daoud rapporte la réflexion d’un de ses amis : « C’est l’une des rares immigrations au monde qui ne rêve pas de s’établir, mais de construire une illusion de retour ».
Une partie de la descendance des immigrés algériens (peut-être est-ce le cas de Marocains et de Tunisiens) ne sont ni ici, ni là-bas, ils ont une « apatridie revendiquée » et portent un « songe imposé » Un rêve de revenir vers un pays sans le vouloir alors « que l’on vit dans un autre qui vous a donné naissance, qui vous loge et vous nourrit… Vous n’aimez pas votre pays réel, vous rêvez de votre pays imaginaire et vous n’aimez personne, et surtout pas vous »
Curieusement, les mêmes quand ils vont en été en Algérie évoquent la France devant les autochtones en parlant de : « là-bas, chez nous »… « Et, en France, les voilà à brandir, ridiculement, drapeaux et racines pour se croire riches »… « détruisant le seul pays véritable qu’ils possèdent au nom d’un pays fantôme qui les renferme »… « Une villa fantôme, un lien fantôme, une identité fantôme et une vie de fantômes qui en veulent à la vraie vie ».
Pour résumer : ils sont ici en Algérie et là-bas en France. Rappelons-nous de ce France-Algérie de football où la Marseillaise fut sifflée et le terrain envahi par les jeunes d’origine maghrébine pour interrompre un match où la France dominait par 4 à 0. Tout se passe comme si une partie de la communauté d’origine algérienne née et vivant en France, continuait une guerre terminée bien avant la naissance de leurs membres, imitant ainsi le gouvernement algérien. Ajoutons le pouvoir séparateur islamiste, et pour ceux qui ont participé aux émeutes l’occasion de voler des habits de marque, des téléphones portables et autres objets convoités qu’un retour au bled ne pourrait satisfaire. Pour ça, il vaut mieux être ici que là-bas.
Illustration : Jean Vimenet "La Guerre d'Algérie"