Les tics du langage sont probablement aussi vieux que le langage. Mot ou expression que l’on sort à la moindre occasion de façon appropriée ou inappropriée, et dans ce dernier cas de façon mécanique comme un pet involontaire.
Si parfois on connaît les circonstances qui ont permis la formation et l’éclosion du tic, le plus souvent on les ignore. Un tic donné a une durée de vie limitée mais qui peut aller jusqu’à plusieurs années. Il disparaît en général lorsqu’un autre est capable de le remplacer en s’introduisant insidieusement chez les individus aux défenses immunitaires abaissées. Il arrive parfois que plusieurs tics coexistent, ce qui rend le contact avec autrui irritant.
Le tic agit comme un virus, sa contagion se fait par voie aérienne, de bouche à oreille, en empruntant un circuit phono-audio-cérébro-phonique dans sa forme complète. Si le tic peut pénétrer dans tous les organismes, ceux pourvus d’anticorps résistent, et ne contribuent pas à propager l’épidémie car ils enkystent le tic, et ne le rejettent pas à l’extérieur, la phase phonique expectorante étant nécessaire à sa transmission.
En ce moment je suis soumis à l’attaque récidivante d’un tic qui semble avoir diffusé largement dans les milieux de la restauration, mais pas seulement. Il s’agit du tic : « ça marche ». On ne dit plus oui ou non ou d’accord ou à la rigueur OK, mais : « ça marche », même quand ça ne marche pas. Ainsi quand la personne qui vous sert vous demande : « vous voulez du ketchup ? » et que vous répondez « non », elle réplique : « ça marche ». Bizarre, non ?
Il faut souligner que ce sont les personnes jeunes qui sont le plus sensibles aux tics du langage. Ce sont également elles qui ont des trous dans leur jean. Est-ce que les trous dans les jeans favorisent la pénétration du virus ? C’est peu vraisemblable car la contagion se fait par le conduit auditif et non par les genoux.
D’où est sorti ce « ça marche » ? Sans doute que l’expression donne une touche dynamique même si rien ne bouge. Si l’expression était utilisée en cuisine, il n’y a aucune raison pour qu’elle soit utilisée en salle, et dans les entreprises ou ailleurs. On est bien obligé de rapprocher ce tic pédestre de « La république en marche » d’autant plus que le tic est apparu (hors cuisine) – si je ne fais pas erreur – en même temps que les « marcheurs » de Macron qui ont porté leur idole au pouvoir. Ce dernier tic épidémique ne serait donc qu’un dégât collatéral des dernières élections présidentielles. Des études épidémiologiques sérieuses devraient être faites pour évaluer cette hypothèse si l’on veut mettre sur pied des mesures prophylactiques dans l’avenir.